Le Blog de la Redaction CKM

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lundi, septembre 7 2009

Edito CKM 211

Lors de notre dernière visite dans les Hautes-Alpes, au cours de l’élection du Kayak eau vive de l’année (voir page 22) , nous avons été frappés par le nombre de kayaks de rivières croisés sur le toit des véhicules. Bon nombre de voitures allemandes, anglaises, néerlandaises, mais aussi françaises défilaient dans la vallée de la Guisane et de la Durance. Et lorsque quelques semaines plus tard ce fut au tour des compétiteurs, slalomeurs puis descendeurs d’investir les quartiers de l’Argentiere-La Bessée, on pouvait dire que oui, assurément, cette activité existe bel et bien. N’en déplaise à certains détracteurs de l’eau vive, cet été encore, il y aura du monde partout en Europe, pour descendre les belles eaux alpines, l’Isère (voir p 48) le Verdon, la Soca, la Sesia…ou toutes les autres rivières encore praticables qu’il nous faut veiller à préserver. Pendant ce temps, il y aura aussi beaucoup de navigation du côté de l’Ardèche, de la Dordogne, la Loire, l’Allier, tous les beaux spots à randonner en canoë. Le Gardon, le Tarn, la Loire,(présentés p 30 à 47 dans ce mag) ne seront pas en reste bien entendu. Quant au littoral et aux iles, de Bréhat à la Corse en passant par Porquerolles, de la Baie de Somme (p 30) à la Cote Catalane, de la Cote de Granit Rose aux Calanques de Cassis, ils vont en voir passer du kayak de mer. Ces milliers de personnes ne seront pas tous à court terme des fidèles de l’activité. Combien seront tentés de poursuivre l’aventure ? Combien d’entre eux franchiront le pas de l’inscription dans un club ou même de l’abonnement à Canoë Kayak Magazine ? Nul ne peut le dire, mais ce que l’on sait, c’est que le grand public aspire aujourd’hui à s’embarquer à bord d’un canoë ou d’un kayak, pour peu qu’on lui en facilite un peu l’accès. Notre territoire est riche en plans d’eau et rivières, le matériel est très performant et adapté à l’initiation, les cadres sont compétents. Manquent encore à l’appel une communication puissante, et peut-être des écoles privées ou des clubs encore plus structurés, notamment dans les grandes villes, pour répondre complètement à la demande des nouveaux publics. En attendant, profitons tous de cet été pour encore plus naviguer.

Edito CKM 210

Ça y est. Fait. Fini. 150 bateaux, réunis, mis en pages, détourés, décrits, répartis. Un supplément de 64 pages rien que pour ça : présenter les principaux kayaks et canoës des différents type de pratique des sports de pagaies. Et lorsque l’on sait que cette liste n’est pas exhaustive, cela donne une bonne idée de l’étendue de l’offre qui est impressionnante, une « jungle » qui peut paraître hostile au premier abord. Mais n‘ayez pas peur, avancez tranquillement, la saison commence, et ce guide 100 % Matos a pour vocation de vous aider à choisir le (ou les)bateau (x) qu’il vous faut, qui est forcément dans ces pages. Il faut dire que les fabricants ont fait des efforts énormes pour proposer toujours plus adaptés, confortables, performants. Le loisir « canoë » pèse aujourd’hui économiquement, et une étude réalisée l’an dernier a montré que très nombreux français ont un jour eu l’occasion d’essayer le canoë ou le kayak que ce soit en mer, en lac ou en rivière. De là à en faire des pratiquants réguliers, il y a un canyon qui est loin d’être facile à franchir. Un des thèmes évoqués lors de notre entretien avec le nouveau Président de la Fédération Française de Canoë-Kayak, Vincent Hohler. (p ?) Ce dernier semble d’accord avec ce que nous avons déjà répété souvent dans nos colonnes : il faut donner envie au public de faire, de pratiquer ce sport. Avec des images, des actions, des événements, des champions…Un des freins de cette cette communication réside sans doute dans la diversité des images que peut véhiculer le CK à travers les nombreuses pratiques qui s’offrent au béotien. Mer, riviere, randonnée, freestyle, freeride, compétitions, tout cela est très riche mais peu lisible. Naturellement, celle qui s’impose comme la plus facile, la plus accessible, la plus rassurante aussi, et donc celle qui possède certainement le meilleur potentiel de développement est celle de l’eau calme, c’est donc logique que des efforts soient portés vers ce milieu. Mais il ne faut pas pour autant oublier que l’essence même du canoë, c’est la rivière. Celle que les pionniers ont conquis, comme d’autres ont conquis la montagne. Celle qui fait rêver…ou qui fait peur. Une expérience intéressante est menée par la canadienne Anna Levêque, au Mexique, où elle emmène un public féminin découvrir la rivière à travers une forme de stage très innovante( P ?) Un type d’expérience qu’il serait sans doute bon d’importer chez nous, histoire de montrer que l’eau vive, ce n’est pas que pour les casse-cou. En attendant, et puisque CKM ne recule devant aucune production, précipitez vous sur votre ordinateur ou lecteur de salon muni de l’opus 2 de « Torrents Alpestres ». Dans ce film, co-produit avec notre partenaire le Comité Départemental des Hautes-Alpes, notre ami David Arnaud nous fait découvrir encore mieux un territoire si riche en parcours plus beaux les uns que les autres, et il nous décortique au passage un certain nombre de techniques et de conseils, qui vous permettront de progresser très vite. Bonnes descentes.

Porno Star, l'humeur de Steph Roux CKM 211

Et bien mes lascars, je vous y prends. La main dans le sac. Je ponds un titre un peu provoc et vous voilà à vous palucher la rubrique comme si de rien n’était. Autant vous dire tout de suite que je ne suis pas fier de vous. A croire que dans le monde forcement vertueux et moral du sport, il y aurait comme un petit relâchement. Un corp sain dans un esprit sain c’est bon pour les cyclistes ou les tennismen en goguette à Miami ? Coubertin, revient, ils sont devenus fous. Non ! Si vous aviez eu un tantinet de moral vous auriez lâché illico le magazine comme une patate chaude avant d’évacuer les jeunes du club pour bruler le mag. Un titre de ce genre devrait nous valoir un courrier rageur pour résilier l’abonnement. Rien de tout cela, au contraire. Les timides ont déchiré la page pour la lire en cachette. Les plus blasés se sont saisis du truc l’air faussement dégagé. Un peu de lubrique dans un magazine sport. L’occasion est trop belle pour zieuter du X sans avoir à transpirer de honte chez votre buraliste. J’entends presque les réactions des plus pervers : « enfin ! CKM se décoince un peu et l’autre dingue va arrêter de taper sur les amateurs de gaules ou de béton». Et bien, non ! Les performances collectives, les curiosités anatomiques et autres emploies atypiques du petit jésus, pas de ça ici. Ce n’est pas parce ce que je suis callé au fin fond du magazine que je dois me laisser aller. Je resterais vigilant quant aux bonnes mœurs. Inutile d’insister. Je continuerais à être le garant d’une certaine tenue rédactionnelle et surtout iconographique. Et là, je sens que le combat va être duraille. Au sein même du comité de rédaction, je vois bien que la conversion à la culture string and surf ne suffit plus. Insidieusement le porno avance et marque des points. Et notre rédacteur en chef laisse faire. Inutile d’essayer lui refourguer un papier sans un truc un tantinet sexe. Le boss veut du lourd. Moi qui pensais qu’un ancien de l’équipe de France ne pouvait tomber dans le vice. Certes on a bien besoin de becter et au passage aguicher dans le sens du poil les lecteurs mais de là à tomber dans la bricole. Alors, je vous vois lever les yeux au ciel. Vous pensez certainement que j’exagère une fois de plus. Bin, tiens ! Les photos de Tyler Bradt sur le site de CKM ? C’est peut-être de l’imagerie pieuse pour premiers communiants? Son petit vol de 58 mètres, vous croyez que l’on peut en faire un illustré pour nouveaux nées ? Vous voyez un responsable d’école de pagaie coller dans le local club les posters de cet illuminé s’envoyant en l’air ? « Vous avez vu les marmots ? Si vous voulez votre pagaie verte vous savez ce qui vous reste à faire… ». Dans le jargon des spécialistes, le gars fait dans le hard. Du XXL pur et dure pour initiés. Un Roco Sifredi version eau-vive qui commence à prendre son pied qu’à partir de 40 mètres de chute. Et plutôt que de faire ses cochonneries dans son coin, le gars pavane histoire de se faire un peu de publicité. Pour quelle camelote d’ailleurs ? Une jupe anti-fuite ? Pour un plastique entièrement recyclable ? Des prothèses ? Des assurances vie ? Une démarche alternative et sportive aux soins palliatifs ? Et une petite vidéo du Salto Angel en C2 Leclerc ? Je cherche toujours un équipier. Je paye le voyage allé. Alors bien sur, histoire de se couvrir, on rajoute simplement au bas des photos que ce « genre de délire n’est pas recommandable ». Ah, bon ? C’est dommage de brider les vocations. Les kinés doivent pouvoir vivre aussi. Mais alors, si s’exploser en kayak d’une telle hauteur n’est pas recommandable pourquoi diffuser partout le valdingue ou ne pas réellement le condamner ? D’ailleurs est-il condamnable ? Certainement pas. Je lui laisse d’ailleurs sauter tout ce qu’il veut avec un kayak, une planche à voile ou une roue de camion. D’autres ont bien sauté les chutes du Niagara en tonneau. Car finalement que retenons-nous de ce genre d’acrobatie ? Un gros doute, une sorte de malaise, de gène? La taille des rouflaquettes ou le léger grain de l’hurluberlue? Un peu de tout cela sans doute. Suffisamment en tous les cas pour faire sensation, afficher sa bobine, combler l’actualité, chauffer la toile et être référencé sur YouTub. De l’enthousiasme et de l’envie ? Bof ! Un peu d’excitation et de voyeurisme ? Peut-être, comme pour une image un peu limites que l’on se refile par courriel. Au final, si peu de chose qui nous relie à la rivière et l’art si complexe de la maîtrise de l’écume. Une gloire éphémère, un geste quelque peu vide de sens qui n’a finalement de but que d’atteindre un orgasme un peu morbide d’adrénaline sans passer par les préliminaires. Quels que soient son niveau technique et sa pratique, le kayak impose une part de risque. Une part seulement, la plus réduite possible et qui de toute façon reste le moins bon indicateur pour mesurer ses performances. Car en rivière, la caresse de l’Onde si bien décrite dans le dernier ouvrage de Patrice de Ravel, offre tant de plaisirs profonds et durables à ceux qui ne résument pas aux seuls dangers leur communion avec l’écume.

Votez pour moi, Humeur de steph Roux CKM 210

La prochaine fois, votez pour moi C’est tout de même dingue. Je n’en reviens toujours pas. Je venais juste de sabrer les coquilles, fignoler ma profession de foi qu’un asticot m’apprend que la FFCK vient d’élire son nouveau Président. Le nouveau patron du kayak s’installe tout juste dans ses bureaux et moi comme une buse je continuais encore la nuit dernière à suer du front pour essayer de bâtir un programme digne de ce nom. Tout y était. Je n’avais oublié personne. Mon équipe était quasiment prête. Juste à poster l’affaire sur EV.org, trois affiches dans la vallée du Vénéon, quelques discours solennels à l’occasion des rassemblements creek et mon élection n’était plus qu’une formalité. Patatras ! Un certain Vincent Hohler a raflé la mise avec près de 63% des voix. Bon, d’accord, les mauvaises langues diront que l’élection est dans le pur style sénatorial et que le bas peuple pagayant est invité à rester faire mumuse le jour de l’élection. Tout de même, bravo pour lui. Mais moi aujourd’hui j’en fais quoi de mes cogitations ? Je reprends ma pelle et ma barcasse et attends la prochaine fois ? Pourtant, on ne peut pas dire que je sois complet déconnecté de l’actualité. En plus des forums rivières, je lis tous les jours l’Equipe. C’est dire. Les problèmes gastriques de Ronaldo. La largeur des pneus en F1. Le Paris-Nice ralenti par un camion de seringues. La taille des jupettes des joueuses de tennis. Réglementaire ou pas ? La dernière arrivée du Vendée Globe, un mois après la première. Le dernier put de Jean Todt sur un green anglais. Le ballon d’Angleterre – France pas assez gonflé. La victoire des Lakers et l’arrêt reflexe de Huet en NHL. Bref ! Tout ce que l’on doit savoir sur le monde pour survivre dans le nôtre. Et pourtant dans toute cette masse d’informations, rien qui aurait pu me mettre la puce à l’oreille. Bon, tant pis. La prochaine fois je suivrais les conseils de mes confrères de patauge. Je reprendrais une licence, participerais à quelques instances fédérales histoire de pouvoir être au jus et surtout dans les temps pour ma candidature. En tous les cas, pour ce qui est du Président, ce n’est vraiment pas de bol. J’avais déjà eu du mal à savoir qui était le précédent et voilà que l’on me cache déjà le nouveau. Enfin, ce qui est fait est fait et je ne vais tout de même pas gâcher toute cette matière grise. Je propose donc de partager les grandes lignes de mon programme histoire d’aider la nouvelle équipe en ces temps de crise. Alors voilà. Sitôt mon arrivée au pouvoir, je proposais illico de redéfinir ce que l’on intègre dans le bazar. Ce n’est pas par ce que je suis élu qu’il faut que je me tape tout ce qui fonctionne avec une pagaie juste histoire de simplifier la vie du ministère. Dès ma première rencontre avec le secrétaire d’état au rugby et aux casinos, je proposais donc de confier les clefs de l’actuelle fédération à ceux qui veulent encore jouer pour lui dans la cour olympique ou dans les bassins artificiels. Pas vache, nous leur laissons le siège pour nous installer à proximité du Tarn. C’a a tout de même plus de gueule non ? Bon, nous perdrions quelques techniciens du sérail et les subsides de l’état mais d’un autre côté vu ses capacités financières actuelles et futures, le risque est limité. Dans le même mouvement et avant que la police débarque pour me coller en asile psychiatrique, je regroupais l’ensemble des pratiques canoë-kayak de nature. Randonnée et compétition. Mer, lacs et rivières. Du plat de plat au méga drop de 15 mètres. Du C2 bois au dernier schappe de kellner. Bien entendu, j’excluais dès les premières heures de mon mandat et de façon tout à fait autoritaire toute forme de sit-on top, fluos ou non, les gilets d’hippopotames aux normes européennes, les pagaies roses en plastic qui contribuent efficacement à enlaidir nos plus belles rivières. Trois commissions étaient crées. La n°1 de défense de l’environnement, confiée par exemple à un représentant de l’ADRE, devait assez rapidement remercier EDF de sa contribution historique au développement de l’activité en Corse et ailleurs. La N°2 se mobilisait pour promouvoir le sens de l’aventure, l’exploration des espaces sauvages et accessoirement des pissoux abandonnés. La commission N°3, dite des sages, était quant à elle, chargée de veiller sur l’éthique de notre activité et la valorisation de notre patrimoine culturel. Enfin, sur le terrain, ce n’était plus les clubs qui cotisaient mais directement les kayakistes en fonction de leur niveau d’adhésion aux programmes d’actions présentés par les responsables de commission. Pas mal, non ? Pour le reste, les bénévoles faisaient comme bon leurs semblent pour donner une couleur à leur pagaies, assurer et encadrer les petits, se tirer des bourres en crité ou partager les plaisirs d’une petite randonnée plus ou moins agitée. Tout cela pour que les gusses qui se coltinent les mioches le samedi ne dise de ma fédé new look, qu’à l’image du mariage, il s’agit de gérer les contraintes qu’ils n’auraient pas eu seuls. Car, au fond, quitte à avoir peu de moyens autant garder l’oseille au plus prêt, laisser les kayakistes se concentrer sur leurs clubs, leurs passions et conserver quelques pépettes pour espérer tâter de l’écume douce ou salée toujours un peu plus loin. Tout cela est encore un peu à affiner mais les grandes lignes y sont. Allez, je travail encore un peu mais la prochaine fois, n’oubliez pas, votez pour moi.





vendredi, février 27 2009

CKM 209 - L'Humeur de Stéphane Roux - Gueule de bois....

Les lendemains de fiestas légèrement arrosées frôlent très souvent l’enfer. Il n’y a qu’à voir les tronches des hurluberlus au matin des petits rassemblements rivières pour en avoir l’illustration. A ce sujet, je garde un souvenir ému des compères de patauge ayant survécu au dernier rencart sur la Bonne. Au départ, c’est à qui mieux mieux. On va à la teuf avec l’âme du guerrier. On titille l’air goguenard, on branche un peu, on fanfaronne avec une certaine arrogance des gars qui ne doutent pas de leur force et ont délibérément laissé leurs faiblesses à la maison. On connaît la suite pour nos spécialistes de la descente des torrents de bibine. La gueule de bois, la tête dans le saut et parfois même plus pour les plus fragiles ou les plus téméraires. Le dos voûté, le regard perdu je ne sais où, des gonfles sous les yeux, un tas de ride au front, le pépère complètement débraillé traîne sa pagaie sur les graviers en cherchant sa barcasse derrière la tente qui, manque de bol, a changé de forme, de place et de couleur durant la nuit. Des moments d’extrême solitude qui vous font monter en grade au sein de votre bande mais vous font aussi jurer de ne plus recommencer dès le premier bain venu sur des classes II d’une rare violence. Bon, généralement ce genre de déclaration post-bringue ne résiste pas au temps. Et dans nos tribus, ces bonnes résolutions n’ont généralement pas plus de valeur qu’un arrêté préfectoral et ne tiennent pas plus longtemps que nos péniches new school sur les cailloux. Et quand je dis « nos tribus », c’est que ce phénomène ne touche pas seulement l’obscure bande de dingues regroupée de temps en temps au fin fond de vallées hostiles. Au contraire. Le syndrome de la « gueule de bois » concerne également, sous sa forme chronique la plus sévère, les plus connus d’entre nous jusqu’aux plus hautes sphères de notre fédération. Et je n’ai pas l’impression qu’un début de remède ait été trouvé. Pourtant nous pourrions croire que les exigences sportives et médiatiques du haut-niveau, les responsabilités liées aux enjeux colossaux de développement et de gestion de notre sport suffisent à éloigner tout ce beau monde des excès. La compétition, le haut-niveau, la fédération, la politique sportive c’est du sérieux tout de même ! Et bien pensez-vous. C’est même pire. Alors que les fanas de creek préparent généralement en deux coups de cuillère à soupe leurs débordements et gèrent leur gueule de bois dans leur coin ou au mieux en cellule de dégrisement, les médaillés olympiques ou les pontes fédéraux mobilisent bien d’autres moyens pour en arriver quasi aux mêmes résultats. A toutes les olympiades c’est la même chose. Pendant quatre ans, on rameute tous le monde pour les grandes festivités qui s’annoncent. Les uns se préparent comme des dingues pour être en forme le jour J et descendre le bassin comme Marcel les rouges limés. Les autres sont aux cuisines pour préparer l’affaire aux petits oignons. Le gros de la troupe soutient l’affaire en imaginant être invité en VIP ou en savourant par avance les belles images de la fiesta à la télé et les récits dans la presse spécialisée. Quatre années durant lesquelles on se dit que l’on va faire une sacrée fête et que surtout cela va nous faire un bien fou. Et que personne n’ose faire le rabat joie ou gâcher les festivités. L’affaire est entendue. Faire la fête olympique c’est comme le nouvel an. Une obligation. Et puis, on va se faire connaître, reconnaître. On va tellement briller que tout le monde va vouloir être des nôtres. Les sponsors, les collectivités vont rivaliser de moyens et d’idées pour aider nos stars mais aussi, soyons fous, nos clubs. Cette fête fait tellement envie que cela va booster les vocations. Des bandes entières de d’jeunes, MP3 rivés sur la tête, vont débouler en meute comme aux plus beaux jours des soldes. « Une licence ! Un bateau, vite, j’ai vu du kayak à la télé et c’est le top… »…On va voir ce que l’on va voir. Alors c’est vrai la fête est généralement réussie et nos représentants sont souvent les premiers à faire le spectacle. La fiesta est d’ailleurs si belle que ceux qui parfois ne sont plus invités s’en vont jusqu’en Grèce pour retrouver un ticket d’entrée au bar. Pourtant, comme à chaque fois, les lendemains de fêtes sont durs. L’interview de Tony dans la dernière mouture de CKM résonnait comme le récit lucide d’un retour sur terre, d’une décuite comme tant d’autres avant lui de retour d’Atlanta, Athènes ou Sydney. Sitôt la flamme éteinte, la gueule de bois. Pas la sportive. Nos athlètes n’ont pas à rougir. Et lui le premier. D’ailleurs que serait la valeur d’une médaille que l’on gagnerait à tous les coups ? Son doublé en est que plus beau. Comme à chaque fois, les télés sont parties. Le petit tam–tam médiatico–olympique ne résonne plus. Comme tous les quatre ans, on a fait tout ce qu’il fallait. Nous étions même cette année les premiers de la classe olympique. Tony a porté le drapeau bien haut sans rechigner mais en y laissant sans doute des plumes. Le petit monde du kayak était invité dans la jet-set sportive. Comme à chaque fois nous touchions au but : être considéré comme des grands. La barre à la tête en est que plus dure. Pour les athlètes toujours un peu. Pour l’ensemble des petits clubs, des bénévoles qui donnent, qui se donnent, qui croient encore souvent mais attendent toujours les retombées de cette bamboula médiatique. Encore raté. Sur l’échelle du sport business, une brouette d’or de la tribu ne vaut toujours pas tripette. Quelques cacahuètes ministérielles, des sticks EDF, trois reportages télé, toujours les mêmes, pour nous dire de façon souvent condescendante comme nos athlètes sont sympas. Quoi d’autre ? Une tape dans le dos par monsieur le ministre pavanant sous les projos du club France ? Les jeux nourrissent l’olympisme mais peinent à faire survivre les petits sports qui jouent le jeu. Faut-il avoir la mémoire courte ? Le kayak n’a-t-il en France que la voie de l’olympisme pour espérer devenir ce que l’étendue de sa culture, de son histoire, de son rapport à la nature lui laisserait prétendre ? Encore faudrait-il se donner vraiment les moyens de mettre en avant ce potentiel. Allez ! Ce n’est pas grave. Dégrisons tranquille en ce début d’année 2009. Mobilisons-nous pour Londres 2012. On nous promet déjà la lumière pour tous. A moins que nous prenions de bonnes résolutions contre la gueule de bois. Mais là, c’est une autre histoire.

mardi, décembre 23 2008

La pêche ! l'humeur de Steph Roux 208

Il y a des fois où il est nécessaire de se jeter à l’eau. Vous me direz que pour des amateurs de patauge l’affaire semble couler de source. Evidemment ! Encore que de manière perverse, je pourrais toujours vous dégotter deux ou trois spots dont la couleur et l’odeur pourraient vous en faire douter. Je ne dirais rien non plus des spécialistes de l’indoor dont la passion incompréhensible est de se tirer des grosses bourres sur des machines à pagayer dans le gymnase municipal. Non, rien à voir. Je veux tout simplement dire qu’il arrive dans la vie où il est nécessaire de prendre des risques et pas seulement en amont du dépotant de l’année. Et en l’occurrence pour moi aujourd’hui, il s’agit de vous annoncer un truc duraille. J’ai bien peur qu’après, il en sera fini du kayakiste pur et dure le couteau entre les dents. Mon excommunication sera complète et je vais devoir ramer dru pour qu’une tribu kayak daigne encore me laisser une petite place au fond du combi. Mais cela fait trop longtemps que je garde le secret. De toute façon, les furieux de mon team commençaient bien à se douter d’un truc. Et bien voilà : j’ai un faible pour la pêche à la mouche. Je considère même « Le Testament d’un pêcheur à la mouche » de John D. Voelker comme une sorte de bible pour kayakistes, enfin nuance, pour amoureux des rivières. Le genre de truc que nous devrions tenir entre nos mains comme une bigote son missel. Alors ? Ah ! C’est sure, c’a vous fout un coup. Et moi donc ! Pensez, à plus 40 piges, vivre une sorte de coming-out version eau vive. Bref, au départ, j’ai pris ce bouquin en prenant son titre au mot. Mon passif historique avec nos amis de la gaule me conduisait tout naturellement à ouvrir les pages de cette ode au lancer de soie avec la petite idée morbide que j’allais pouvoir me délecter d’une lecture qui généralement fleur bon le sapin pour son auteur. Ce n’est pas bien beau mais bon j’ai posé 20 euros sur le comptoir du libraire, mis l’ouvrage sous mon manteau en priant que personne ne me croise et en me disant que quitte à avoir un bouquin de pêche dans sa bibliothèque autant que se soit sous la forme d’une pierre tombal. Quelle erreur ! Quelle grossière erreur ! Je pensais retrouver perfidement tous nos amis avec qui nous avons l’habitude d’échanger des mots doux, l’hameçon dans le gilet, la canne sous la barcasse. La scène bucolique du pêcheur surpris de nous voir débouler en troupeau. Son étonnement suivi d’un petit rictus crispé ou d’une série spectaculaire de jurons en réponse à notre petit bonjour narquois. Je pensais entendre le fameux « mais s’cré bondieu de bon’soir, c’est t’y que c’est interdit d’y faire de votre truc ». La version pêche de la petite navigation en dehors des heures autorisées ou le jour d’ouverture. Cette fameuse journée où l’on nous conseille de taper un tarot histoire de ne pas nous les titiller d’emblée. Les histoires de 4x4 en travers du chemin nous conduisant à l’embarquement. L’équipe de rougeots, les bobs Ricard sur la tête, nous menaçant d’aller causer au garde champêtre. Nos réponses fleuries. Les sessions bourre pif qui vous mets en condition avant de batailler dans du gras. J’imaginais apprendre comment caller une brouette sur moellons ou pisser dans le réservoir des jeunes cons qui nous excitent les saumonés avec leurs canoekayaks. Bref ! Je m’attendais retrouver dans ce bouquin nos amis comme Astérix les Romains, le Quinze de France la rose ou Titi le Grosminet. Et bien, non, rien de cela. Tout au contraire. Pire. Je m’y suis vu comme dans un miroir. Ce testament véhicule un doux sectarisme comme je les aime. Tenez, pour cet illuminé tout ceux qui ne tâtent pas de la mouche et ne relâche pas leurs prises était jugés comme de vulgaires « lanceurs de barbaque ». Vous vous imaginez toiser sur votre spot un pêcheur et lui balancer ce sympathique qualificatif. Moi qui me croyais sévère avec mes insultes à deux balles du genre planches à repasser, boudin ou chit on top. Pire encore, ce satané pêcheur à la mouche qui détestait toutes formes de rapports artificiels aux courts d’eau, aimait aussi prendre son canoë et « se faire porter par le courant en s’imprégnant du paysage…en savourant la descente hédoniste et magique de cette formidable nouvelle rivière ». Il était deux heures du mat quand j’ai fini le bouquin. 211 pages d’histoires de pêche et aucune migraine. Miracle. 211 pages en pleine poissonnerie de plein air. Des histoires de truites loupées, prises et relâchées. Des trucs dont je me fous comme de la couleur de ma pagaie mais qui expriment bien plus que cela. Une passion commune pour la rivière. Et c’est sans doute là l’important. Comme un pont qui permettrait de laisser cinq secondes nos querelles folkloriques. Un appel pour tenter ensemble de sauver ce qui nous reste d’eaux vives sauvages. Ce bouquin parle de pêche, de mouche, de canne et de lancés. En ces temps où parfois les « amoureux de la nature » se tirent dans le dos, en chaussant les guêtres de l’auteur, je ne peux m’empêcher de penser à tous ce que nous pourrions faire avec les John D. Voelker de notre quartier pour venir en aide à nos rivières. « Je pêche parce que j’aime pêcher ; parce que j’aime les lieux toujours splendides où vivent les truites, et que j’abhorre ceux invariablement laids où vivent les gens….parce que, dans un monde où les hommes semblent pour la plupart passer leur vie à faire des choses qu’ils détestent, la pêche est pour moi une inépuisable source de joie et un petit acte de rébellion….parce qu’il m’est idée que les hommes font un seul passage sur terre et que je voudrais pas gâcher le mien…parce que le bourbon est toujours meilleur quand on le bois dans un vieux gobelet de fer blanc. Je pêche non pas parce que je considère cela comme particulièrement important, mais parce que je soupçonne la plupart des autres préoccupations des hommes d’être tout aussi vaines et rarement aussi plaisantes. ». Nous aussi, Monsieur Voelker et avec tous ceux qui par delà votre mort ont repris la flamme du bout de leurs lignes ou à l’aide d’une pagaie. SR

Ooufffff (edito ckm 208)

D'abord un ouf de soulagement... Si l'on avait bien parié quelques kopeks (cf edito du N°207) que Tony Estanguet continuerait sa carrière encore un petit bout de temps, avoir cette confirmation en 'live' et de vive voix a eu tout de même le don de réconforter et soulager nos nuits parfois agitées de kayakistes. Réconforté de voir que le grand champion ne conclura pas son immense carrière sur son seul échec en date. Réconforté, aussi, de penser que toute la famille du canoë-kayak français, voire international, pourra encore compter sur ses larges épaules pour porter au plus haut des instances du sport mondial ou des partenaires l'identité, les valeurs et les atouts de la discipline ; si Tony peut remercier le canoë de lui avoir permis d'atteindre les sommets qu'il a atteints, le canoë dans son ensemble peut remercier le champion de le sortir, tous les quatre ans au moins, d'un anonymat assuré. Soulagé aussi de comprendre que sa motivation, sa volonté de rebondir, d'entreprendre de nouvelles expériences - notamment au niveau de sa préparation - mais surtout son plaisir de pagayer et de s'amuser sur l'eau sont intacts, même si Tony a eu besoin de plusieurs mois pour en avoir confirmation (cf interview dans ce numéro). Puis un "oupffffff !" d'étonnement. Celui provoqué par l'annonce d'un autre roi de l'Olympe, d'un autre "animal blessé", alias Benoît Peschier, de poursuivre lui-aussi sa carrière jusqu'à Londres 2012, mais sous d'autres cieux, a priori plus cléments, ceux de la Grèce. L'Ardéchois de naissance et de coeur aura certainement longtemps muri sa décision. Elle ne fut sans doute pas prise de gaieté de coeur. Difficile de juger, de là où nous sommes. Et l'on s'en gardera bien. Mais à l'heure où l'on s'offusque d'entendre un hymne national sifflé dans un stade, on imagine facilement la réaction de certains à voir un athlète répudier son drapeau national, pour accoler sur sa pagaie un sticker bleu-ciel et blanc. Une réaction presque légitime. Mais c'est aussi légitime pour un champion olympique barré dans sa progression de trouver une voie de secours, plutôt que de s'enfoncer dans une impasse. De mettre en place autour de lui les conditions optimales de sa réussite, plutôt que d'entretenir une relation conflictuelle et infructueuse. Légitime de prendre les décisions les plus graves pour être à la hauteur d'un statut, celui de champion olympique. Entre Tony et Benoît, plusieurs points communs, outre l'or olympique, et malgré un "savoir-faire" ou "faire-savoir" différent. Tous deux ont notamment vécu des expériences récentes qui les ont ébranlés. Chacun à leur manière - plus ou moins tendre, plus ou moins consensuelle - ils ont mis un bon coup de pied dans la fourmillère, leur fourmillère. Tous deux ont réagi avec le caractère typique de ces champions de haut niveau : en prônant le changement, la remise en cause, le questionnement, en refusant de s'engluer dans une routine synonyme de pré-retraite. Tony, en s'engageant sur la prochaine olympiade, et Benoît, en croisant le fer pour une autre nation, ont tout simplement pris des risques. Se sont volontairement mis en danger. L'avenir nous dira s'ils ont su se sublimer, le dos au mur...C'est ce qui différencie souvent le champion du commun des mortels. Nous, on leur souhaite en tout cas bonne chance à tous les deux.

lundi, novembre 17 2008

A la rencontre de Tony Estanguet

Petit déplacement dans les beaux quartiers parisiens la semaine dernière pour la rédaction de CKM. Non pas qu'on ait décidé changer d'adresse et de déplacer les bureaux de la Rue des Rivières à la très chic Avenue Montaigne, mais c'est simplement dans ces parages qu'on est allé rencontrer Tony Estanguet. Volontairement discret depuis sa déception olympique, Tony nous avait gentiment donné rendez-vous pour une interview (à paraître dans le mag daté Décembre-Janvier), quelques heures avant qu'il n'enchaîne avec les Oscars du Rugby 2008, où il devait remettre un prix à un rugbyman ayant marqué la saison 2008. Une heure et demie de discussion et quelques thés verts plus tard, tout était "dans la boîte" : son avenir, ses projets, son analyse poussée de son échec de Pékin,etc... encore un peu de patience, et vous pourrez lire tout ça dans notre prochain mag !

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mercredi, octobre 1 2008

Et maintenant ? Edito CKM 207

Le soufflé médiatique des Jeux est déjà en train de retomber et bien malin celui qui dira ce que le canoë-kayak retirera de cette nouvelle expérience. Un coup de projecteur unique, intense, mais peut-être, hélas, éphémère…De là à en conclure que l’avenir médiatique du CK s’est joué dans un mauvais stop et un contre-courant vicieux, il y a une porte grossière que nous ne franchirons pas, même en l’esquivant. Car il ne faut pas oublier que si les sirènes de l’olympisme viennent taquiner nos oreilles tous les quatre ans, elles n’en transforment pas forcément l’aura médiatique du CK sur le long terme. On pourrait parler de dose homéopathique, avec forte piqûre de rappel. Un titre de plus aurait-il changé la face du traitement  ?

Première hypothèse, la plus cynique, genre « beaucoup de bruit pour rien ». Le CK vient tout simplement d’être remis à la place qu’il mérite, il retourne au fond de la classe, et qu’il ne la ramène pas trop, on a déjà été bien gentil avec lui. Avec les moyens qu’on lui a donné, les journalistes déplacés, bla bla bla… Deuxième hypothèse, la plus optimiste : pourquoi serait-ce foutu ? Parce que Tony n’a pas gagné ? Mais les images étaient-elles belles ? Oui. Le grand public a-t-il été averti de ce spectacle et de ces épreuves ? Plus que jamais. Les a-t-il suivies ? Oui, même si le décalage horaire n’a permis à aucune épreuve des J.O. d’atteindre des scores énormes. A noter au passage que la médaille qui aura le plus marqué est sans aucun doute le bronze de Ben Boukpeti qui, en une manche, est à la fois devenu héros national au Togo, mais a aussi sans doute sauvé le slalom olympique en démontrant une forme d’universalité de continents représentés.

Et si la leçon à retenir était tout simplement un mélange des deux ? Que finalement, le CK ne sera jamais rien d’autre que le CK, mais qu’il ne faut pas pour autant l’attendre au niveau où il ne peut pas être ? Et si, surtout, c’était la preuve que le CK n’est rien d’autre que du sport, et que Tony n’était en quelque sorte rien d’autre qu’un homme ? Et si, enfin, on en profitait pour se dire qu’il y a une vie après les Jeux, qu’il est grand temps de déserrer la soupape médiatique et politique qui donne aux seuls résultats olympiques une importance presque indécente car démesurée, oubliant trop vite l’aspect avant tout ludique de n’importe quel sport, même pratiqué à son plus haut niveau ?

Tony n’a pas gagné, et alors ? Il reste le « canoe-kayakiste » (sic) le plus connu du grand public, et son image peut continuer longtemps à servir la cause. D’autant plus qu’il n’est pas dit que le garçon raccroche ... Restent un engouement toujours fort aujourd’hui pour les sports de pleine nature, les déplacements doux, une prise de conscience environnementale grandissante dans les esprits, autant de préoccupations dont le Canoë-Kayak peut être un véritable…porte drapeau.

Alors, il reste peut-être tout simplement à se retrousser les manches, à travailler dans le sens d’une communication claire et volontaire, à mettre en avant tous les points forts du CK et à continuer à prêcher la bonne parole. Tout en prenant conscience du danger du label « vu à la TV ». S’il est le Sésame le plus évident pour la reconnaissance, il est aussi le plus versatile. A l’heure des bilans, il convient plus que jamais de se demander quelles sont les vraies valeurs de notre sport, ses points forts comme ses points faibles, et dans quelle direction nous voulons désormais pagayer.

Voici en attendant un numéro « Spécial Compète » plein de sueurs, de larmes, de joies et de peine, bref de l’émotion. Sans doute ne faudrait-il pas demander plus à la compétition et au sport.

Slovénie’s blues de Stephane Roux

J’ai le blues. C’est toujours la même chose. Une sorte de gueule de bois doublée d’une grosse déprime. Les hurluberlus de mon équipe me disent que je suis trop sensible. Ils font sans doute les marioles pour me remonter le moral mais je sais qu’ils ne sont pas au mieux eux aussi. Non, c’est clair, je ne suis pas bien du tout. C’est sûr que la rentrée y est un peu pour quelque chose. Depuis le temps je devrais pouvoir faire gaffe. Pourtant, rien n’y fait. A chaque retour de Slovénie, j’y vais de mon gros coup de mou. Va bien falloir quelques godets de Chartreuse et une petite série de Vénéon pour me remonter. D’un autre côté, il y a tout de même de quoi. Passer en deux coups de cuillères à soupe de la Soca à nos lieux de patauges hexagonaux reste un exercice d’une rare brutalité. Non pas que nous n’avons pas quelques beaux spots à titiller mais comment vous dire ? Imaginez tourner tout un repas au Champagne et devoir vous rabattre sur une Blanquette à l’heure de l’omelette norvégienne. C’est un peu quif-quif. Le pied intégral suivi d’une bonne grosse baffe. Pour l’aller, pas de problème. Un bidon de Red Bull, une pipette dans la bouche et zou. Le compteur bloqué à quatre vingt sur l’autoroute, les barcasses sur le toit n’ont qu’à bien se tenir. Bovec nous voilà. Mais pour le retour, bonjour les migraines. Obligé de tourner à la camomille et faire quelques paliers de recompression en passant par l’Inn, l’Oetz ou quelques autres dépotants du Val d’Aoste. Et cette année, je ne sais pas pourquoi mais l’affaire est encore plus duraille. Peut-être un peu l’âge qui joue. Non pas que mes artères ne supportent plus les retours sur terre. Non ! Simplement voilà, contrairement à bibi, la Soca et les pépites alentours ont cette qualité improbable de ne pas prendre une ride ou presque. Et là, pour le coup et d’un point de vue des affres du temps, faut tout de même dire que je ratatine bien plus vite que cette jeunette géologique aux yeux turquoises. De ce point de vue, par chez nous, la situation est souvent plus équilibrée. La plupart du temps on se sent avantageusement rouillé au même rythme que nos rivières. Il y a même parfois des parcours qui semblent plus rapidement attaqués que nous. Bon, il s’agit là tout de même d’une très petite compensation morale dont je pourrais allègrement me passer. Mais bon ! Alors, c’est vrai, les tatillons de l’esprit kayak me diront que la Soca se fait tout de même payer depuis quelques années. Pas loin de sept euros la semaine pour un kayak. D’accord. Et qu’il ne faudrait pas que cela se généralise. Sans doute. Encore que si c’était pour la bonne cause ? Tenez, pour continuer à naviguer sur la Rizzanese ou la Santoire. D’autres me diront qu’il y a trop de monde et que les campings sont à craquer. Bon ! D’un autre côté vous n’avez qu’à bien choisir vos voisines. Je vous dirais bien aussi que j’y ai vu deux ou trois grues trainer sur un chantier non loin des chutes de la Boca. Il faut bien que je ronchonne à mon tour pour quelque chose. Non, vraiment, pour le reste, la Soca et les pépites alentours restent diaboliquement belles. Une beauté vive comme une fenêtre ouverte en grand sur nos contrées rêvées et nos délires les plus fous de kayakistes. Nos nostalgies un peu aussi des parcours perdus ou des amours secrets. Une immuable grâce telle une force s’imposant à toute la vallée. Aux hommes aussi invités à l’admirer et la préserver. La Soca est à elle seule un univers fait d’écume et de calcaire blanc excluant toutes sortes d’artifices, rendant d’emblée caduque les modes futiles, excluant les excès. La Soca est de ces lieux magiques qui impriment à l’homme l’esprit de l’écume. Un esprit comme un souffle qui fait passer le kayak dans l’accessoire. Non pas que l’on ne soit pas ici bienvenus et les plus heureux des barbotants. Tout au contraire. Simplement, la star, le spectacle, ici, c’est elle. C’est elle que l’on contemple et pas l’inverse. La rivière s’impose de toutes ses forces et de toutes ses beautés. Peu importe le modèle de la barcasse, le style ou le look du baigneur. Ici, le Bavaria K5 ou le Gatino de papy fait l’affaire. Le Rhomer vintage vissé sur la tête, une azzali bois dans les mains, le pépère est invité par la belle à goûter à la source de la vie. Personne ne se moque. La tribu hétéroclite qui navigue sur la Soca constitue une sorte d’écomusée. Le fanfaron stické des deux bosses au casque est zieuté avec indulgence comme un gamin se prenant pour Zidane en jouant au foot dans le jardin. Le kayakiste sur la Soca, s’efface, n’est plus le sujet. De toute façon il ne peut lutter. Et là, que l’on veuille ou non, on touche ici à l’essentiel. Une approche de la rivière qui fait du bien, apaise, enrichie l’âme et l’esprit. Sur la Soca, ton casque trucmuche dernier modèle, on s’en tape. Ta pagaie ergonomique machin chose à 600 euros, pareil. Tes figures freestyle ? Limite grotesques, hors sujet telle une bonne blague grasse balancée à voix haute en plein recueillement. Ici le kayakiste cause au pêcheur à la mouche planté au milieu du cours. L’inverse est vrai aussi. Ici, la température arctique de l’eau n’empêche personne de lâcher la pelle à tout moment pour plonger à poil dans une vasque. Sur la Soca, l’homme devient un humble et sensible invité. Ce faisant, il apprend aussi à se reconnaitre en tous ceux qui comme lui respectent et ressentent l’eau vive quelle que soit sa manière d’y accéder.

lundi, juin 30 2008

Fin d'Humeur - CKM 205 - Petit niveau...

Par Stéphane Roux

Autant dire tout de suite que les sports mécaniques ne sont pas ma tasse de thé. Bon, une baston dans un champ de betteraves avec la Diane de grand-père ou une partie d’auto-tamponneuses à la foire du coin avec les hurluberlus du club, je ne dis pas. Mais pour le reste, la seule référence au Dakar a tendance à me briser le brin de zénitude qu’il me reste. Il suffit d’ailleurs qu’un dimanche, après avoir constaté une nouvelle digue sur mon spot favori, je zappe accidentellement sur le grand prix du Brésil pour que ce soit un joyeux bordel le soir à la maison. Je n’y peux rien, tout ce vacarme, ces paquets d’euros brûlés sur le bitume me titillent les nerfs aussi efficacement qu’un arrêté préfectoral nous proposant d’aller patauger ailleurs. Alors, quand pour causer d’un sujet kayak j’en suis à imager mon propos via un petit détour hallucinatoire par le rallye, c’est que l’heure est grave et ma boîte à pilule vide. Vu ce qui va suivre, je ne vous en voudrai d’ailleurs pas si vous abandonnez la lecture de ce billet pour retourner zieuter paisiblement les plus belles pages de votre magazine préféré. Non ? Bien ! Je vous aurais prévenus. En relisant un soir l’article sur la descente parue dans le dernier CKM, signé de notre vénéré rédacteur en chef, le cauchemar qui a suivi m’a conduit à décréter ni une ni deux, que le Monte-Carlo était désormais relégué au rang de sympathique promenade pour automobilistes en goguette. Pour continuer à piloter, Sébastien Loeb avait retrouvé après quelques démarches à l’ANPE un poste de formateur à l’automobile club d’Alsace chargé des sessions de rattrapage de points pour chauffards de tout calibre. Pour que l’hallucination soit complète, Jean-Pierre Pernaud, à qui j’hésiterais à confier ma Kangoo pour la moindre navette, obtenait quant à lui le statut d’athlète de haut niveau, pour sa participation au Trophée Andros. Entre deux parties fines, le patron de la FISA et quelques huiles pataugeant dans les dollars et peu dans le cambouis avaient finalement acté que le rallye traditionnel était has been, trop confidentiel et compliqué à tranformer en pépettes et que par conséquent seuls les petites épreuves en circuit valaient le coups. Parfois, j’avoue que mes délires m’étonnent moi-même et me font presque peur. Je ne vous dis pas ma tronche au réveil. Et bien figurez-vous qu’il semblerait que ce petit plan fumette pourrait devenir réalité pour nos tribus. Certaines des plus grandes autorités sportives, qui généralement se reconnaissent par leur légendaire incapacité à courir un cent mètres en moins de 35 minutes ou distinguer un kayak inuit dans un tas de site on top, voudraient nous exclure la descente du haut niveau. Ben tiens ! Le CK version criterium, la descente de rivière, rien moins que l’essence du canoë et du kayak, de notre culture commune. Allez ouste, du balai ! Je vous laisse bien entendu le temps de vous asseoir, avaler un tube d’aspro et relire les lignes précédentes autant de fois que nécessaire pour bien en saisir la portée. C’est bon ? Donc, seul le slalom et la course pourraient être désormais dignes de ce statut dont le prestige m’échappe définitivement. Motifs ? Un mixte entre le peu de nations mobilisées, des aspects sécurités, des parcours trop longs difficiles à couvrir avec une seule camera par France 3 Limousin, une image un peu trop canoë-kayak à l’ancienne. Les naïfs comme Bibi, qui pensaient que la descente était le top du top du haut niveau parce que justement duraille, engagée, limite héroïque dans son rapport à la rivière sauvage et de ce fait réservée à une élite en sont pour leur frais. Tout faux ! Le haut niveau se doit à l’avenir parler au plus grand nombre, titiller aussi la ménagère ménopausée, être présentable, sexy, formaté, promotionnable et vendable comme une boîte de conserve sur les linéaires d’un hyper. Le haut niveau ne doit pas craindre les impondérables des parcours naturels. Le haut niveau doit éviter d’agacer les gras doubles du CIO, faire bailler le téléspectateur. La compétition grande classe doit autoriser le zapping sans perdre le fil, respecter un format court, un goût, une couleur reconnaissable d’un bout à l’autre de la terre comme un bon coca. Alors c’est sûr, dans ces conditions la descente n’est pas sur la bonne pente. Elle n’a pas fait d’effort pour ressembler à rien. Les descendeurs rechignent même à suivre les volleyeurs qui, pour rester dans la cour des grands et passer à la télé, ont dû se foutre en string pour jouer à la ba-balle sur du sable. C’est vrai que la descente en rivière est restée cette discipline de compétition incompréhensiblement ringarde. Des descentes sur des parcours naturels, à fond les manettes sur des espèces de barcasses en forme de missile. Un truc old school, d’initiés. Enfin, d’initiés ! Des espèces de pervers qui se tirent la bourre sur des rapides abominables avec des engins de torture qui n’autorisent une stabilité toute relative, qu’à partir de 90 nœuds. Des dangereux individus, dont le plaisir est par exemple de contre-giter à donf dans des drossages du diable, se faire une pile en solitaire sur une paire de kilomètres gras de gras, transpirer comme des dingues histoire de choper un arrêt cardiaque dès le premier bain, s’arracher les bras de telle façon que le petit appui qui va bien sur le dernier gros bazar du parcours ou le simple franchissement de la ligne d’arrivée tient souvent du miracle. Une tribu qui ne peut s’empêcher de voyager avec des remorques très approximatives de 15 mètres de long, avec des tas de tubes sous housses. Des doux hurluberlus qui placardent dans leur chambre à coucher des posters d’un certain Zok, que nous devrons aujourd’hui considérer comme un aimable canotier des bords de Seine. Plus grave encore, des genre de gusses qui ne se résignent pas à faire leur chrono sur du plat ou entre deux digues en béton. Assurément donc, une discipline au plus bas sur l’échelle des valeurs sportives dominantes, mais qui restera peut-être aussi pour cela, au plus haut dans le cœur des amoureux d’un sport qui ne peut se résigner à abandonner son lien privilégié avec l’écume des rivières naturelles.

lundi, avril 21 2008

A propos des J.O...Edito CKM 204

Dans le Canoë, on n’est pas à un paradoxe près...

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jeudi, février 14 2008

Fin D'humeur CKM 203 -Positivons !

En 2008 positivons par Stéphane ROUX

J’en connais un qui va respirer un peu. C’est le big boss. Pour 2008, en guise de bonne résolution, j’ai décidé de placer cette rubrique sous le registre du positif. Il n’y a pas de raison. A force de jouer le rôle du grincheux, je me demande s’il n’y a pas à la longue un risque de passer pour le caractériel de service. Aussi, en cette nouvelle année je vous propose de po-si-ti-ver. Alors autant commencer tout de suite en causant de quelques babioles qui dans un passé récent auraient secoué ma pile inutilement. Tenez, au hazard, le salon nautique. En décembre dernier, j’aurais certainement pondu un truc du genre « y a-t-il des kayaks dans la piscine cette année » ou tout simplement enguirlander les absents chez qui on venait chaque année tailler la bavette après avoir tenté de prendre une coupette sur le stand de la fédé histoire de faire le nombre. A l’heure où notre icône olympique arrive à faire vendre du gel douche à ma belle mère et que notre activité marque des progrès en matière de reconnaissance médiatique, j’aurais pu taquiner sur le coté ringardos et riquiqui de notre présence à côté du salon du spa. A une époque où nos petites joutes de Bourg ou de l’Argentière peuvent se voir sur des canaux et des créneaux plus comestibles que ceux qui sont offerts par les chaînes du réseau câblé ukrainien, j’aurais pu tout de même titiller sur la question. Et bien, non. En 2008, je ne vous parlerai, sur le sujet, que de mes économies de train, du beau plan ne déportant que je me suis tapé en remplacement de la grande foire du ciré jaune. Non, vous voyez, le bazooka à tout bout de champ, c’est fini. Je ne voudrais pas continuer à transmettre ma mauvaise humeur chronique aux lecteurs qui veulent rêver un peu. Les aigreurs à l’estomac, la dépression à tous les étages, l’horizon toujours en noir, ouste, du balai ! Avec un temps de retard, l’année 2008 sera pour cette rubrique celle de la rupture. Un avenir radieux est désormais à porté de pagaie et au bout de chacune de mes lignes. Bon, je ne vous cacherez pas que les premiers temps cela ne va pas être toujours facile. Ce premier billet 2008 sera sans doute encore marqué d’un chouya d’ironie malsaine. Mais avec une poignée d’euphorisants, deux ou trois godets de Banyuls chaque matin, je vous promets dès le prochain numéro du Walt Disney pur jus. Et pour bien vous montrer que je progresse à vue d’œil, je vais vous parler au final, d’un sujet qui me tient à cœur et qui m’aurait très certainement conduit en 2007 à multiplier les mots grossiers et autres vitupérations dignes d’un mercenaire en fin de congrès. Le projet de barrage en amont des rapides de Malafosse. Pour du lourd, c’est du lourd. Et bien même pas peur. Je résiste. Certains attendraient que je balance la grande artillerie et que je tire à vue. Et bien désolé, ne comptez pas sur moi en 2008. D’ailleurs, la Régie Electrique du Briançonnais qui porte le projet, va nous arranger tout cela au petit oignon. Avant même que débute les enquêtes, nos amis nous assurent sur leur site à la façon du grand Charles qu’ils nous ont compris. Je reprends texto : « Comment la fédération départementale de kayak perçoit-elle ce projet ? Le tronçon de la Durance en aval du Malafosse jouit d’une réputation internationale et d’un niveau de difficulté recherché par les passionnés. Il est donc indispensable que le projet prenne en compte l’activité kayak sur ce tronçon. » Vous voyez, on est entre de bonnes mains. D’ailleurs, c’est bien connu, tous les parcours de réputation internationale bénéficient systématiquement d’une prise en compte bienveillante de l’activité. « Ou va se trouver le barrage et pourra-t-il être franchi par les kayaks? L’aménagement d’un accès débarquement/embarquement avec un chemin de contournement est envisageable au niveau de la prise d’eau. » Nous ne savons pas encore si nous aurons droit au fleurissement du chemin de contournement mais c’est sympa de penser à nos petits petons et à notre confort pour l’embarquement. « Quand la pratique du kayak sera-t-elle possible en aval du barrage? En période de forte hydraulicité le débit de la Durance sera suffisant pour permettre à la fois le prélèvement d’un débit dérivé pour alimenter l’usine et la pratique du kayak. Pour les autres périodes, ou les déverses seront plus faibles, le seul débit réservé sera insuffisant. Une réflexion est engagée entre EDSB et la fédération départementale de kayak sur les compromis à trouver pour élargir la période de pratique du kayak. » J’en ai presque des frissons. Je n’ai même plus d’effort à faire pour positiver. C’est presque trop facile. Comme sur le Gyr voilà un projet qui va nous permettre d’élargir les périodes de navigation, calculer à la minute et au cm3 prêts les bons créneaux pataugent en nous ponctionnant ce qu’il faut pour que ce ne soit pas trop gros, éviter de nous poser trop de questions pour garer le 4x4, lire les dernières recommandations sur un panneau en mélèze, bénéficier d’une table pour le pique-nique et si nous négocions bien, le fin du fin, l’éclairage du parcours. Car à produire toujours plus d’électricité autant en profiter pour améliorer la visibilité des passes par mauvais temps. Bref, le bonheur ! Et pour de la haute-rivière ce sera de la haute-rivière sans tous ces impondérables de débits, de saisons, ces buts, ces portages le long de berges, irrégulières, sombres, non sécurisés, sans chemins aménagés, tous ces trucs qui composaient l’ordinaire des kayakistes d’un autre âge. Il y aurait bien que quelques passionnés de mauvaise foi pour y voir malice.

mardi, janvier 8 2008

Edito 202

Pour la première fois depuis de longues années, CKM n’avait pas de stand au Salon Nautique de Paris en ce début de mois de décembre. Certains d’entre vous s’en sont aperçus, qui ont cherché désespérément le stand de leur revue préférée dans le dédale de la grande messe. Le problème, c’est qu’ils n’étaient pas très nombreux, les kayakistes, à visiter le salon. Pour tout dire, ce n’est pas un phénomène nouveau ; il y a quelques hivers déjà que nous relatons dans nos colonnes un certain manque d’intérêt des pratiquants du CK, alors même que le nombre de visiteurs global continue d’être tres important. D’où un certain doute dans l’esprit de certains dont nous sommes, qui s’interrogent sur la fonction du salon. Pour nous, il est très utile que le CK soit représenté au Salon, pour sensibiliser, montrer, faire découvrir, auprès du grand public. Mais le même salon ne convient pas (ou plus) pour constituer un rendez-vous de passionnés, qui viennent découvrir des nouveautés, discuter, échanger, pourquoi pas même essayer du matériel. Il y a déjà plusieurs éditos de CKM que nous le disons, il est grand temps de créer cet événement, que nous situons idéalement au printemps, au début de la saison probablement. Mais en attendant, il est un événement existant, vieux aujourd’hui de plus de vingt ans, qui pourrait pourquoi pas tenir ce rôle : En 1995, CKM titrait son article sur le Marathon de l’Ardèche : « dans la cour des grandes ». Comprenez l’épreuve venait d’arriver d’après nous au niveau de ses consoeurs européennes telles que Riba de Sella et nous voyions alors se dessiner un avenir sur les traces des grandes courses à pied ou de ski de fond populaires. L’édition 2007 vient de montrer, encore une fois, combien cette prédiction n’était pas fausse. Les 2000 participants de cette descente pas comme les autres viennent d’horizons kayakistes les plus divers. Et au-delà de ce phénomène « interne », on assiste aujourd’hui de plus en plus à une participation de sportifs, accomplis ou non, venus d’autres disciplines. Amoureux du sport nature, ils veulent inscrire l’épreuve ardéchoise à leur palmarès de « finisher », entre un « Templiers » ou une « Transjurassienne ». Ce phénomène est ce qui pouvait arriver de mieux au Marathon, qui pour le coup se retrouve vraiment dans la cour des grandes courses. Pour autant, son « nouveau » statut lui donne des obligations, et les clubs organisateurs sont aujourd’hui devant une situation que connaissent bien tous les organisateurs : comment continuer de gérer un succès, tout en améliorant encore son événement et en n’ayant pas forcément les moyens financiers pour assumer ce développement…Le succès devrait logiquement amener son lot de contrats de partenariat, de reconnaissance, etc. Certains annonceurs pourraient ne pas rester très longtemps insensibles aux atouts de l’épreuve, eux qui cherchent à la fois une exposition mais aussi des contacts de terrain avec les consommateurs. C’est tout du moins le cas d’un certain nombre de marques impliquées dans le sport nature qui seront peut-être intéressées par le concept du marathon. Cependant, avant d’être un événement « grand public » le Marathon de l’Ardèche est un rendez-vous pris par tous les acteurs de notre sport. Au chapitre des développements possibles, pourquoi pas travailler encore plus les composants de ce rendez-vous, tel que le « village » exposant ? Aujourd’hui, de nombreux professionnels ont compris l’importance de l’événement en terme de participation, et trouvent-là l’occasion de rencontrer des clients. Projections de films, réunions, séminaires, sont aussi des pistes à explorer. En fait c’est tout simplement une forme de festival que pourrait demain proposer le Marathon, se positionnant encore plus comme LE rendez-vous du canoë-kayak. En en attendant d’autres si possible, à d’autres dates, en d’autres lieux, car il est évident que des événements de nature « participative » comme le Marathon permettent de créer une identité forte pour des activités.

Humeur 202 - Le gouffre des meules, c'est combien ?

Il y a peu, une de mes amitiés de patauge me balance par courriel cette terrible question. Au fait, c’est coté combien le Gouffre des meules ? Les candides trouveront cette question un peu obscure. Mais pour ceux qui un jour se sont retrouvés sur le Haut-Tarn à zieuter le bestiau ou pire, à l’envers dans le bazar, l’affaire est bien plus importante que la couleur de sa pagaie ou l’estimation de la profondeur du trou de la sécu. Le Gouffre des meules, c’est du quoi ? Du 5 ou du 6 ? C’est vrai que depuis que nous savons que Kayak Cévennes va sortir en décembre, moi aussi je n’arrête plus de cogiter. A vrai dire, je n’en dors plus. A croire qu’il existe encore en France de dangereux hurluberlus, suffisamment philanthropiques pour publier la description par le menu de ces dépotants qui turlupinent nos tribus depuis belle lurette. Et là, inutile de préciser que le bouquin du père Henri Denis et sa bande de compères a de quoi nous faire reprendre une cure de pastilles Renie. Deux ans de repérage, six mois de gestation, pour au final un bébé de 288 pages en français et anglais avec en prime les points GPS des embarquements et débarquements, histoire d’éviter aux zozos le plan sangliers mais beaucoup plus rarement celui de la truite saumonée. En tous les cas voilà un objet de torture qui va atterrir vite fait bien fait dans la boîte à gants de mon tas de bout, avant de sonder le fond de la Dourbie, planer sur la Bourges ou titiller les secouants du Haut-Tarn. Alors, le Gouffre des meules, c’est à quel tarif dans ce topo-guide ? Renseignement pris, c’est visiblement le max et sans possibilité de réduction pour les groupes, les étudiants ou les seniors. Pour bibi ça paraît très bien le six. Pour tout vous dire, la simple évocation de cet endroit diabolique de Lozère me réactive illico mes rhumatismes, doublés parfois d’une poussée virulente de plaques rouges. Mon médecin m’a dit que c’était sans doute psy. Les souvenirs de moments de solitude sans doute. Car chaque fois que je me suis fait pulvériser dans ce passage sous les regards goguenards des lourdauds, je me suis toujours dis en rassemblant le matos éparpillé dans la piscine du bas que c’était tout de même du sévère. D’autant que généralement, la petite baignade se déroule en des saisons et une contrée suffisamment clémentes pour vous demander de dégivrer au chalumeau votre combi collée raide, comme un bâton au panneau du camping de Pont de Monvert. Au final, je me dis que quelque soient nos révélations ou prières devant la margelle, le nombre d’engelures aux doigts, les centimètres de neige sur les bords, le fond, la marque, la taille, la couleur de nos barcasses, l’âge du capitaine et le nombre de Chartreuses vertes ingurgité, ce gouffre fricote tout de même avec le haut du panier de la WW nationale. Je pensais donc que l’affaire était réglée et que le six reflétait tout de même bien l’ambiance générale du dépotant. Tu parles. Le cador de mon groupe, qui lui aussi ne dort plus mais saute généralement l’affaire sans état d’âme, me balance l’autre jour que coller 6 au gouffre des Meules c’était tout de même un peu copieux : « Tu comprends, avec ce que les gusses s’envoient aujourd’hui en Norvège ou au Chili, cette babiole descendue en péniche, c’est tout de même plus près du 4 sup ». Bon, je n’ai pas répondu. Du 4 ! Et pourquoi pas du 3, voire du 2 avec possibilité de stages UCPA ? C’est vrai que depuis que l’on confond une flopé d’infrans avec la foire du trône et que YouTube multiplie les images d’extra-terrestres, je ne suis plus sûr de rien. Que l’on ait gardé quelques neurones sous le casque ou pas, on peut tout de même se dire que le 5 et le 6 regroupent toutes sortes de bazars plus ou moins comestibles, un peu comme dans les rayons de la Farfouille. On y trouve de tout, du rapide d’entrée de la basse Guisane franchi en canoë bois par les équipes du CCF aux gros bastringues du Rio Baker. Dans un sens, c’est démocratique. Même les laborieux comme moi peuvent rouler les mécaniques à bon compte. Bref ! N’y voyant plus tout à fait clair, je me suis donc retourné sur les cotations officielles pour vaincre mes angoisses. Je croyais trouver la réponse définitive en me coltinant du sérieux : l’arrêté jeunesse et sport du 04 mai 1995. Je croyais. Car autant tout de suite vous dire que depuis je ne sais plus trop quoi en penser. En tous les cas, à la lecture pour le moins riante du doc, le gouffre des Meules ne peut pas être classé 6 ni même 5 : « Classe VI, limite de navigabilité, généralement impossible, éventuellement navigable selon le niveau des eaux, grands risques. Classe V, extrêmement difficile, reconnaissance inévitable, vagues, tourbillons, rapides à l’extrême, passages étroits, chutes très élevées avec entrées et sorties difficiles ». Généralement impossible? En tous les cas, chaque fois que, contraint par la bande, je donne trois coups de pelles dans le coin, j’ai toujours du mal à faire comprendre à mes tortionnaires le concept. Pour eux, quand il y a de l’eau un mois dans l’année, tous les passages sont de fait généralement impossibles. Donc, quand le robinet est ouvert, tout devient exceptionnellement possible. Éventuellement navigable selon les niveaux d’eau ? Bon c’est bien vrai pour le gouffre mais en réalité valable aussi pour tous les pissoux. De là à ce que nous cotions 6 le Charlemagne pour cette raison. Grands risques, reconnaissance inévitable ? Pour moi, c’est évident! Mais pour les virtuoses du gros? Entrées et sorties difficiles ? Non plus, on ne peut pas considérer que les problèmes principaux du gouffre des Meules soient l’entrée et la sortie. Pour entrer, il suffit d’une petite absence, trois canettes de Red Bull et une petite reprise dans le planiol amont et zou. Pour la sortie, c’est encore plus expéditif. On ferme les yeux, la bouche et les oreilles et on attend la détonation finale. Le problème, c’est en réalité les chicaneries du milieu. En plus, on ne peut pas dire qu’elles soient composées de vagues, de tourbillons, passages étroits et chutes très élevées. Bref ! Si ce n’est pas raisonnablement du 1, 2, 3, 4 et pas davantage du 5, 6, c’est du combien le Gouffre des meules ? Je ne sais plus. Je ne sais vraiment plus. D’ailleurs, au final, je me demande si je veux bien savoir. De toute façon, Gouffre des meules ou pas, la plus raisonnable des cotations n’est-elle pas celle qui propose de lire sur place et par soi-même la rivière et ses rapides ? Le meilleur topo-guide n’est-il pas celui qui en donne simplement les clefs d’accès ? Si c’est le cas, Kayak Cévenne est de ceux-là et c’est tant mieux.

Stéphane Roux

Edito 201 - Déjà un oeil vers Pékin...

Après de nouvelles médailles toutes fraîches du Brésil, celles de cet été à Duisbourg et le titre mémorable des ligneux Cyrille Carré/Philippe Collin, c’est très naturellement que tous les regards des passionnés de compétition vont se tourner désormais vers Pékin. Ces deux-là vont-ils poursuivre leur ascension fulgurante et obtenir la médaille olympique attendue depuis longtemps ? Tony entrera-t-il dans l’histoire en emportant un troisieme titre olympique ? l’extraordinaire densité des kayakistes français leur permettra-t-elle de conserver le titre remporté à Athènes par Benoît Peschier ? Ce dernier reviendra-t-il dans la course, ainsi que Fabien Lefevre ? Comment tous ces jeunes kayakistes vont-ils surmonter l’épreuve fratricide des courses de sélections l’an prochain, alors qu’elles vont réunir : le champion du Monde 2002 et 2003 (Lefevre), le champion Olympique 2004 (Peschier), le champion du Monde 2006 (Billaut), le champion du Monde 2007 (Combot) ? Sans parler des préoccupations de tous les autres, olympiques ou pas, qui sont déjà en train de fourbir les pagaies pour la saison prochaîne. En regardant l’activité par ce bout de la lorgnette, on pourrait penser que de ce suspense haletant dépend l’avenir du canoë-kayak. Pourtant rien n’est moins sûr. Pendant ce temps là, d’autres acteurs du monde du kayak se posent aussi des questions. Sur le marché économique, la préservation des rivière…ou tout simplement pour continuer à faire tourner un club. En ces temps de rentrée des classes des écoles de pagaie, nombreux sont les présidents en effet qui se demandent comment ils vont joindre les deux bouts de la saison, qui va encadrer les plus jeunes, quel matériel ils vont pouvoir acheter… Faut-il augmenter le prix des cotisations, au risque de se priver d’une des fonctions sociales de l’activité ? Faut-il rêver à d’improbables sponsors, qui sont plus préoccupés par l’acquisition du dernier pass-vip pour le stade de foot après avoir planché sur l’énième campagne ringarde autour de la sémantique rugbystique ? Faut-il essayer de sensibiliser encore plus les élus locaux, qui la plupart du temps le sont déjà, et qui ne peuvent guère faire plus au regard de ce que « pèse » l’activité. Et c’est sans doute ce dernier point qui sera déterminant pour l’avenir de notre sport. On reconnaît aujourd’hui aisément une image très télégénique au CK, des champions emblématiques qui sont plutôt bien suivis par les médias, une image globale finalement très positive. Mais un déficit évident en terme de puissance de la pratique. le CK a du mal a réellement « exister ». Car au delà de l’image, le moment où une activité décolle, c’est quand sa pratique se développe. Ce qui nous renvoie à la notion de « donner envie », et de l’image « brouillée » qu’elle émet, que nous avons déjà souvent évoqué dans de précédentes colonnes. Lorsque une grande chaîne TV diffuse un sujet sur le kayak de mer, les gens ont envie d’essayer, tout de suite. Mais ils n’associent pas du tout cette image à celle de Tony Estanguet. Il suffirait pourtant de quelques messages bien émis pour que cela s’entende mieux. A quand une campagne de relations-presse menées par un collectif de fabricants, et/ou la fédé ? Et pourquoi pas une campagne pub financée par EDF qui servirait la cause de l’activité dans sa globalité pendant qu’on y est ? Chiche ?

Humeur 201 - Dire que Beijing 2008 aurait pu être en Chine...

Pas dormi de la nuit. Peut-être les nems pas frais ou le second godé de Chartreuse pris au club. Enfin, quoi qu’il en soit, j’ai passé mon temps à tourner dans ma paillasse tout en cogitant sur la prochaine destination olympique de la tribu. Et là, quant à être dans la surchauffe autant mettre le paquet. Figurez-vous que je me suis mis dans la caboche que les prochains jeux olympiques allaient se dérouler en Chine. Vous parlez d’un dérapage. Bon, nous ferions du tire à la carabine j’aurais pu comprendre et accessoirement passer une bonne nuit. Le tir, l’armée, la police, le Tibet loin d’être libre, les exécutions à la pelle, bon ! Mais, manque de pot, c’est de canoë-kayak dont je cause. Et là, j’avoue que l’association Chine /canoë/liberté/nature s’impose un peu moins. Un manque de culture, certainement doublé d’un esprit mesquin. Dans mon delirium, j’ai commencé mon petit périple sur la rivière Songhua. Le bassin était juste au niveau de l’usine ayant eu la riche idée de déverser accidentellement près de 100 tonnes de benzène. Le top du top du cancérigène, le fin du fin pour les écosystèmes. Les supporters du coin n’avaient pas forcement bonne mine. C’est vrai que les autorités on mis plus de 9 jours pour avertir la population des légers risques pour l’estomac. Total de l’opération, les eaux de consommation polluées pour près de 4 millions de personnes. Bon, du moment que l’on tourne à l’eau minérale et que l’on pagaye la bouche fermée. Un peu plus tard dans la nuit, je me suis vu partir dans la province du Guangdong sur la rivière Beijang. Rebelote. Là non plus il ne fait pas bon patauger. Le volume de cadmium, un métal hautement toxique serait, selon l’agence Chine Nouvelle, dix fois supérieur au taux acceptable. Le genre de métal qui peut affecter les centres nerveux et le système immunitaire. C’est sûr que pour tourner comme des avions dans le bassin ce n’est peut-être pas le meilleur moyen. Le reste de la nuit j’ai continué mon petit trip, à la recherche du site olympique idéal. Autant vous dire tout de suite que j’ai transpiré jusqu’au matin. Ici, en Chine, plus de 70% des lacs et rivières sont pollués. 90 % des nappes phréatiques le sont aussi. Les mesures à l’encontre des pollueurs sont encore trop dissuasives et les stations d’épuration et de retraitement sont en sous nombre notoire. Environ 300 millions de personnes doivent se contenter d’utiliser et de consommer de l’eau polluée. A peine plus de la moitié des déchets industriels et domestiques est traitée. Le genre d’exploit qui occasionne de graves problèmes sanitaires du fait notamment, des infiltrations dans le sol et les eaux. 5 des 7 grands fleuves du pays sont gravement pollués. Même les autorités avouent que le fleuve Jaune dépérit et que le Yangzi Jiang peut devenir « une rigole puante d’ici 10 ans ». Vous imaginez le cauchemar ? Des années et des années de sacrifices, de diététique, de stages d’oxygénation pour atterrir dans une rigole puante ? Et je vous passe les questions d’air. Selon un expert gouvernemental près de 400.000 personnes meurent chaque année en raison de la pollution de l’air. Des estimations qui sont bien entendues sûrement surévaluées par les services d’un état bien connu pour sa démagogique transparence. Je peux vous dire qu’au matin je n’étais pas frais. Le nez et la tartine dans le bol de café. Pour me remettre d’aplomb, je suis vite aller zieuter le site de Beijing 2008. Ouf ! Rien à voir avec la Chine. Le ciel devrait être bleu. C’est écrit sur le site du comité d’organisation. Beijing a lancé 22 mesures afin de « garantir du ciel bleu ». A Beijing, les toits de la ville seront verts, le Mac Do du centre-ville remplacé par des arbres et les rivières bleues. A Beijing, même les militaires plantent des arbres pour embellir la ville. Des officiers et soldats de la commission militaire du comité central et des unités de l’armée populaire de libération ont planté avec les dirigeants 600 jeunes arbres dans le parc forestier olympique, lui ajoutant une parcelle de vert. C’est vous dire que l’on va pouvoir naviguer l’esprit tranquille. La promesse d’offrir un paysage écologique pour les JO vert de Beijing est une réalité. Il parait même que la fête des Fleurs de pêcher ouvre ses portes au jardin botanique. Les fleurs de pêcher de montagne dont la floraison est la plus précoce scintillent, une dizaine de milliers de fleurs de pêcher éclatent les unes après les autres. Une petite fille, dans les bras de sa mère, est prise en photo avec le printemps magnifique. Bercé par la comptine, je me suis recouché rassuré. Dire que Beijing 2008 aurait pu être en Chine !

''Stéphane ROUX ''

jeudi, octobre 18 2007

CKM 201 : Vidéo "Franchir un rouleau"

Voici la vidéo "Franchir un rouleau" qui complète l'article paru dans CKM n°201. A travers, par-dessus ou en effectuant une giclée, ces méthodes n'auront plus de secret pour vous !

Vidéo réalisée par David Arnaud.


CKM 201 : Vidéo "L'oeil dans le viseur"

Voici la vidéo correspondant à l'article "L'oeil dans le viseur" paru dans CKM n°201. Ces trucs et astuces sont donnés par David Arnaud, l'auteur des DVD In-Flux, Methode Kayak Freestyle ou encore Torrents Alpestres. Pour plus d'infos, consultez CKM n°201 !

lundi, septembre 24 2007

Fin d'Humeur - CKM 200

Je vais tout de suite vous mettre à l’aise. En tant que rédacteur de cette rubrique pleine de bonnes ou mauvaises humeurs, je sais bien que les lignes qui suivent seront bigrement mal écrites. Les fautes d’orthographe rivaliseront sans doute avec les erreurs grammaticales. Les répétitions d’idées tiendront de fil conducteur. Un papier inutile dont le style rappellera pour certains les exercices de rédaction au collège après un gros week-end club. Et je ne vous parle pas de l’illustration que l’on va certainement me bricoler au dernier moment avant bouclage. Une vrai cata. Je suis d’ailleurs prêt à recevoir une volée de critiques acerbes doublée d’une bordée d’insultes. Je ne me fais aucune illusion sur les réactions dans le forum. Chargez la mule. Pas de quartier. Tirez à vue et au hasard d’une rencontre sur l’eau, n’hésitez pas de couvrir de jurons ce gusse qui vous gâche depuis quelques numéros la fin de votre magazine préféré. Ne croyez pas que je sois totalement maso mais en réalité j’attends presque avec joie votre coup de fouet. Cette bafouille va très certainement respirer le bricolé, le foutage de gueule complet. Je ne mérite donc que cela. J’ai pourtant proposé au rédacteur en chef de remplacer la rubrique par de la pub ou une photo pleine page de gros lolos. J’étais même prêt à laisser le champ libre à un topo de l’amicale des barragistes Corses. Niet. De sa place au soleil, tranquille à mater comme un pacha les championnats de France à Bourg, le boss attend sa brève pour boucler demain l’affaire. Le gusse est charrette comme d’habitude. Les imprimeurs n’attendent pas et les presses sont programmées. Dur à croire tout de même pour les abonnés qui hurlent tous les 2 de chaque mois de livraison. Même les buralistes ne savent toujours pas très bien si on se fout de leur poire quand on demande un CKM avant le 30 suivant la date prévue de parution. Bref, une binouse fraîche dans une main, le portable sur l’oreille, sa seigneurie veut rapido un truc légèrement décalé pour susciter les débats et secouer un chouilla le cocotier. Tu parles d’une affaire. Livraison pour demain d’une page de déconnade bien ficelée. Il pense peut-être que je tourne au pot belge. C’est sûr que pour faire le coq au milieu des huiles fédérales et parler du bon temps et des « bringouses » en équipe de France, il est bon. Pour finioler son édito et visionner tranquillo dans son bureau en avant première toutes les nouvelles vidéo, il est champion du monde. Par contre, pour pondre en cinq minutes chrono de quoi faire réagir l’ensemble des tribus kayak, c’est bibi qui s’y colle durant les heures de bureau. Et là, je veux dire qu’il faut être vraiment couillon pour signer tous les deux mois de quoi vous faire excommunier de notre petite famille de barbares ou vous faire étriper dans n’importe quels contres. D’autant plus couillon que je risque en plus de me faire pincer par mon patron. Je ne parle pas d’un certain Joël Doux, rédacteur en chef du mag, mais de celui qui me prend le chou à longueur d’année et accessoirement me paye de quoi changer de pagaies après chaque boîte. Et oui ! A CKM les rédacteurs tels des poules en batterie doivent pondre en cadence accélérée. Pour la rémunération par contre, c’est plutôt en kilo de baffes à l’occasion de nos reportages sur site, dans les rassemblements ou les compétitions du coup terriblement dangereuses. Et encore, moi je fais que dans le verbal et la polémique gratuite. Les claques je les prends après coup et souvent de manière épistolaire. Pour mes camarades de la rédaction qui se coltinent les reportages techniques ou les topo-guides l’affaire est parfois plus saignante. - Dis donc Raph, pour boucler, tu ne peux pas aller me faire deux trois clichés de toi dans les plus gros bouillons de Norvège ? Je te paye un plein…mais je veux du gros… - Au fait, David, tu ne voudrais pas te balancer dans trois ou quatre rappels pour illustrer la page sécu ? - Luc, mets-toi à poil et essaye moi ce tas de combis. C’est pour les pages matos… - Allez, les gars avant que l’orage redouble, on se refait le gouffre des meules avec le derniers Riot…Je ne sais pas si je dois mettre 3 ou 3+ pour le test… - Patrice, tu ne pourrais pas tenir le stand durant toute la durée du salon nautique ? Moi je dois couvrir la compét de wave ski au Brésil… - Jean-François ? les diapos de ta randonnée de 3600 km dans l’archipel des grands vents ne sont pas bonnes…tu peux pas y retourner avant vendredi ? Le plus dingue, c’est que les gusses y vont sans trop rechigner. La passion sans doute. De toute façon, le rédac veille au grain. Et je peux vous dire que l’affaire tient du miracle. Car jamais l’ours d’un magazine n’a si bien porté son nom. Un vrai repère d’hurluberlus fiers de fêter cet anniversaire et poursuivre la fiesta avec vous. Le temps en tous cas que les rivières et la mer puissent encore rester des destinations de rêves pagaie en main et que l’esprit soit là.

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