Je vais tout de suite vous mettre à l’aise. En tant que rédacteur de cette rubrique pleine de bonnes ou mauvaises humeurs, je sais bien que les lignes qui suivent seront bigrement mal écrites. Les fautes d’orthographe rivaliseront sans doute avec les erreurs grammaticales. Les répétitions d’idées tiendront de fil conducteur. Un papier inutile dont le style rappellera pour certains les exercices de rédaction au collège après un gros week-end club. Et je ne vous parle pas de l’illustration que l’on va certainement me bricoler au dernier moment avant bouclage. Une vrai cata. Je suis d’ailleurs prêt à recevoir une volée de critiques acerbes doublée d’une bordée d’insultes. Je ne me fais aucune illusion sur les réactions dans le forum. Chargez la mule. Pas de quartier. Tirez à vue et au hasard d’une rencontre sur l’eau, n’hésitez pas de couvrir de jurons ce gusse qui vous gâche depuis quelques numéros la fin de votre magazine préféré. Ne croyez pas que je sois totalement maso mais en réalité j’attends presque avec joie votre coup de fouet. Cette bafouille va très certainement respirer le bricolé, le foutage de gueule complet. Je ne mérite donc que cela. J’ai pourtant proposé au rédacteur en chef de remplacer la rubrique par de la pub ou une photo pleine page de gros lolos. J’étais même prêt à laisser le champ libre à un topo de l’amicale des barragistes Corses. Niet. De sa place au soleil, tranquille à mater comme un pacha les championnats de France à Bourg, le boss attend sa brève pour boucler demain l’affaire. Le gusse est charrette comme d’habitude. Les imprimeurs n’attendent pas et les presses sont programmées. Dur à croire tout de même pour les abonnés qui hurlent tous les 2 de chaque mois de livraison. Même les buralistes ne savent toujours pas très bien si on se fout de leur poire quand on demande un CKM avant le 30 suivant la date prévue de parution. Bref, une binouse fraîche dans une main, le portable sur l’oreille, sa seigneurie veut rapido un truc légèrement décalé pour susciter les débats et secouer un chouilla le cocotier. Tu parles d’une affaire. Livraison pour demain d’une page de déconnade bien ficelée. Il pense peut-être que je tourne au pot belge. C’est sûr que pour faire le coq au milieu des huiles fédérales et parler du bon temps et des « bringouses » en équipe de France, il est bon. Pour finioler son édito et visionner tranquillo dans son bureau en avant première toutes les nouvelles vidéo, il est champion du monde. Par contre, pour pondre en cinq minutes chrono de quoi faire réagir l’ensemble des tribus kayak, c’est bibi qui s’y colle durant les heures de bureau. Et là, je veux dire qu’il faut être vraiment couillon pour signer tous les deux mois de quoi vous faire excommunier de notre petite famille de barbares ou vous faire étriper dans n’importe quels contres. D’autant plus couillon que je risque en plus de me faire pincer par mon patron. Je ne parle pas d’un certain Joël Doux, rédacteur en chef du mag, mais de celui qui me prend le chou à longueur d’année et accessoirement me paye de quoi changer de pagaies après chaque boîte. Et oui ! A CKM les rédacteurs tels des poules en batterie doivent pondre en cadence accélérée. Pour la rémunération par contre, c’est plutôt en kilo de baffes à l’occasion de nos reportages sur site, dans les rassemblements ou les compétitions du coup terriblement dangereuses. Et encore, moi je fais que dans le verbal et la polémique gratuite. Les claques je les prends après coup et souvent de manière épistolaire. Pour mes camarades de la rédaction qui se coltinent les reportages techniques ou les topo-guides l’affaire est parfois plus saignante. - Dis donc Raph, pour boucler, tu ne peux pas aller me faire deux trois clichés de toi dans les plus gros bouillons de Norvège ? Je te paye un plein…mais je veux du gros… - Au fait, David, tu ne voudrais pas te balancer dans trois ou quatre rappels pour illustrer la page sécu ? - Luc, mets-toi à poil et essaye moi ce tas de combis. C’est pour les pages matos… - Allez, les gars avant que l’orage redouble, on se refait le gouffre des meules avec le derniers Riot…Je ne sais pas si je dois mettre 3 ou 3+ pour le test… - Patrice, tu ne pourrais pas tenir le stand durant toute la durée du salon nautique ? Moi je dois couvrir la compét de wave ski au Brésil… - Jean-François ? les diapos de ta randonnée de 3600 km dans l’archipel des grands vents ne sont pas bonnes…tu peux pas y retourner avant vendredi ? Le plus dingue, c’est que les gusses y vont sans trop rechigner. La passion sans doute. De toute façon, le rédac veille au grain. Et je peux vous dire que l’affaire tient du miracle. Car jamais l’ours d’un magazine n’a si bien porté son nom. Un vrai repère d’hurluberlus fiers de fêter cet anniversaire et poursuivre la fiesta avec vous. Le temps en tous cas que les rivières et la mer puissent encore rester des destinations de rêves pagaie en main et que l’esprit soit là.