Humeur 201 - Dire que Beijing 2008 aurait pu être en Chine...
Par CKM le mardi, janvier 8 2008, 16:40 - Humeur - Lien permanent
Pas dormi de la nuit. Peut-être les nems pas frais ou le second godé de Chartreuse pris au club. Enfin, quoi qu’il en soit, j’ai passé mon temps à tourner dans ma paillasse tout en cogitant sur la prochaine destination olympique de la tribu. Et là, quant à être dans la surchauffe autant mettre le paquet. Figurez-vous que je me suis mis dans la caboche que les prochains jeux olympiques allaient se dérouler en Chine. Vous parlez d’un dérapage. Bon, nous ferions du tire à la carabine j’aurais pu comprendre et accessoirement passer une bonne nuit. Le tir, l’armée, la police, le Tibet loin d’être libre, les exécutions à la pelle, bon ! Mais, manque de pot, c’est de canoë-kayak dont je cause. Et là, j’avoue que l’association Chine /canoë/liberté/nature s’impose un peu moins. Un manque de culture, certainement doublé d’un esprit mesquin. Dans mon delirium, j’ai commencé mon petit périple sur la rivière Songhua. Le bassin était juste au niveau de l’usine ayant eu la riche idée de déverser accidentellement près de 100 tonnes de benzène. Le top du top du cancérigène, le fin du fin pour les écosystèmes. Les supporters du coin n’avaient pas forcement bonne mine. C’est vrai que les autorités on mis plus de 9 jours pour avertir la population des légers risques pour l’estomac. Total de l’opération, les eaux de consommation polluées pour près de 4 millions de personnes. Bon, du moment que l’on tourne à l’eau minérale et que l’on pagaye la bouche fermée. Un peu plus tard dans la nuit, je me suis vu partir dans la province du Guangdong sur la rivière Beijang. Rebelote. Là non plus il ne fait pas bon patauger. Le volume de cadmium, un métal hautement toxique serait, selon l’agence Chine Nouvelle, dix fois supérieur au taux acceptable. Le genre de métal qui peut affecter les centres nerveux et le système immunitaire. C’est sûr que pour tourner comme des avions dans le bassin ce n’est peut-être pas le meilleur moyen. Le reste de la nuit j’ai continué mon petit trip, à la recherche du site olympique idéal. Autant vous dire tout de suite que j’ai transpiré jusqu’au matin. Ici, en Chine, plus de 70% des lacs et rivières sont pollués. 90 % des nappes phréatiques le sont aussi. Les mesures à l’encontre des pollueurs sont encore trop dissuasives et les stations d’épuration et de retraitement sont en sous nombre notoire. Environ 300 millions de personnes doivent se contenter d’utiliser et de consommer de l’eau polluée. A peine plus de la moitié des déchets industriels et domestiques est traitée. Le genre d’exploit qui occasionne de graves problèmes sanitaires du fait notamment, des infiltrations dans le sol et les eaux. 5 des 7 grands fleuves du pays sont gravement pollués. Même les autorités avouent que le fleuve Jaune dépérit et que le Yangzi Jiang peut devenir « une rigole puante d’ici 10 ans ». Vous imaginez le cauchemar ? Des années et des années de sacrifices, de diététique, de stages d’oxygénation pour atterrir dans une rigole puante ? Et je vous passe les questions d’air. Selon un expert gouvernemental près de 400.000 personnes meurent chaque année en raison de la pollution de l’air. Des estimations qui sont bien entendues sûrement surévaluées par les services d’un état bien connu pour sa démagogique transparence. Je peux vous dire qu’au matin je n’étais pas frais. Le nez et la tartine dans le bol de café. Pour me remettre d’aplomb, je suis vite aller zieuter le site de Beijing 2008. Ouf ! Rien à voir avec la Chine. Le ciel devrait être bleu. C’est écrit sur le site du comité d’organisation. Beijing a lancé 22 mesures afin de « garantir du ciel bleu ». A Beijing, les toits de la ville seront verts, le Mac Do du centre-ville remplacé par des arbres et les rivières bleues. A Beijing, même les militaires plantent des arbres pour embellir la ville. Des officiers et soldats de la commission militaire du comité central et des unités de l’armée populaire de libération ont planté avec les dirigeants 600 jeunes arbres dans le parc forestier olympique, lui ajoutant une parcelle de vert. C’est vous dire que l’on va pouvoir naviguer l’esprit tranquille. La promesse d’offrir un paysage écologique pour les JO vert de Beijing est une réalité. Il parait même que la fête des Fleurs de pêcher ouvre ses portes au jardin botanique. Les fleurs de pêcher de montagne dont la floraison est la plus précoce scintillent, une dizaine de milliers de fleurs de pêcher éclatent les unes après les autres. Une petite fille, dans les bras de sa mère, est prise en photo avec le printemps magnifique. Bercé par la comptine, je me suis recouché rassuré. Dire que Beijing 2008 aurait pu être en Chine !
''Stéphane ROUX ''
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