Autant le dire tout de suite, nous ne sommes pas pour le moindre boycott des Jeux Olympiques. Et pour tout dire, notre décision de publier l’annonce-presse de Reporters sans Frontières date de plusieurs jours avant l’annonce des derniers exploits de nos camarades chinois en matière de violation des droits de l’homme. A l’époque, CKM a été l’un des seuls support à proposer de publier cette page parue dans Libération. Simplement il nous apparaît comme essentiel de dire le plus clairement possible que nous ne sommes pas dupes. Oui, nous serons fiers et heureux de publier des pages relatant les épreuves des Jeux, mais oui, nous sommes de ceux qui pensent que, tant qu’à faire d’avoir attribué les J.O. à la Chine, autant profiter du coup de projecteur sur ce coin de la planète pour rappeller que ce qui s’y passe n’est pas toujours un jeu. D’aucuns tenteront de nous rappeller que les jeux doivent rester en dehors de la politique. Nous leur répondrons qu’il y a belle lurette que les Jeux sont avant tout une histoire de politique, du moins en ce qui concerne les instances dirigeantes, y compris du sport. Les enjeux sont dorénavant d’un tel niveau, qu’il ne reste bien que les athlètes eux-mêmes et leur staff d’entraînement pour ne voir que la performance, le dépassement de soi et l’esprit olympique dans cet événement. On arrivera en effet difficilement à nous faire croire que si les Jeux sont arrivés à Pékin, c’est par la seule qualité du dossier de candidature et par la plus belle expression de l’esprit olympique. Attention, pas question pour nous ici de cracher dans la soupe ou de mettre en doute ce fameux esprit olympique. Il existe vraiment. Il s’agit juste de dire que si cet esprit anime réellement les athlètes, l’importance qu’a pris l’événement est aujourd’hui disproportionnée. Droits TV, marchandising, partenariats, autant d’éléments qui viennent parasiter de plus en plus les J.O. en particulier et le sport en général. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les Jeux sont de plus en plus présentés comme un spectacle : on parle d’image, de symbole, d’audience, de marketing, de produit. Le CIO réfléchit a faire entrer des nouvelles disciplines en fonction de leur capacité à séduire un public plus jeune, qui risquerait de se détacher du sport « à l’ancienne »…Le CK bénéficie d’ailleurs de cette tendance puisque c’est l’audience TV et la « fraicheur » de ses images qui sauvent en partie l’eau vive. Sans être trop « vieux Jeux », on peut parler d’une forme de dérive, et chacun doit bien prendre ses responsabilités dans ce domaine. Les médias peuvent en prendre une bonne part, qui bien entendu ne regardent le sport qu’à travers le prisme des J.O., et qui n’auront aucun intérêt pour tout ce qui est en dehors du programme olympique. Le pire, c’est qu’on peut nous dire qu’il faudrait savoir ce qu’on veut : on se bat pour être aux Jeux, et après on pleure ? Et pourquoi pas ? Dans le Canoë, on n’est pas à un paradoxe près. Bien sûr que la présence du CK aux Jeux assure sa visibilité et sa reconnaissance, et que ce sport le mérite largement. C’est vrai que les adeptes de la descente, eux, ne cracheraient peut-être pas dans la soupe de l’olympisme, eux qui semblent bien condamnés à tomber dans le domaine de l’oubli. Difficile de leur expliquer que ce sont peut-être eux qui sont dans le vrai, les plus proches de l’esprit originel du canoë, descendre une « vraie » rivière, se confronter seul aux éléments, etc. Cet exemple montre bien le paradoxe dans lequel le sport se trouve aujourd’hui : les disciplines qui n’ont pas su ou pu évoluer vers le spectacle ne sont pas « olympiquable », et donc d’une certaine manière condamnées. Pour revenir aux athlètes olympiques, la médiatisation de l’action de RSF et la boule de neige médiatique qui s’est ensuivie auront au moins apporté cela : même le très frileux comité olympique semble aujourd’hui prêt à accorder une sorte de droit à l’expression aux athlètes qui ont revendiqué le droit de manifester leur intérêt pour les droits de l’homme. Ils seront donc certainement très nombreux à porter le petit ruban ou la colombe choisis pour symbole. En attendant, Tony, Fabien, Emilie, Martin et Cedric*, nous vous souhaitons sincèrement de réussir vos jeux et nous serons avec vous. Amusez-vous, naviguez, gagnez…et si vous fermez les yeux pour savourer votre bonheur sur le podium, on compte aussi sur vous pour nous aider à les garder ouverts sur ce qui se passe au Tibet ou ailleurs.

  • Au moment où nous écrivons ces lignes, les courses de sélection slalom viennent de se terminer et nous nous basons sur les résultats de ces courses, la validation du comité de sélection et de la commission ministérielle du sport de haut-niveau n’est pas encore effectuée.