Fin d'Humeur - CKM 205 - Petit niveau...
Par CKM le lundi, juin 30 2008, 11:39 - Humeur - Lien permanent
Par Stéphane Roux
Autant dire tout de suite que les sports mécaniques ne sont pas ma tasse de thé. Bon, une baston dans un champ de betteraves avec la Diane de grand-père ou une partie d’auto-tamponneuses à la foire du coin avec les hurluberlus du club, je ne dis pas. Mais pour le reste, la seule référence au Dakar a tendance à me briser le brin de zénitude qu’il me reste. Il suffit d’ailleurs qu’un dimanche, après avoir constaté une nouvelle digue sur mon spot favori, je zappe accidentellement sur le grand prix du Brésil pour que ce soit un joyeux bordel le soir à la maison. Je n’y peux rien, tout ce vacarme, ces paquets d’euros brûlés sur le bitume me titillent les nerfs aussi efficacement qu’un arrêté préfectoral nous proposant d’aller patauger ailleurs. Alors, quand pour causer d’un sujet kayak j’en suis à imager mon propos via un petit détour hallucinatoire par le rallye, c’est que l’heure est grave et ma boîte à pilule vide. Vu ce qui va suivre, je ne vous en voudrai d’ailleurs pas si vous abandonnez la lecture de ce billet pour retourner zieuter paisiblement les plus belles pages de votre magazine préféré. Non ? Bien ! Je vous aurais prévenus. En relisant un soir l’article sur la descente parue dans le dernier CKM, signé de notre vénéré rédacteur en chef, le cauchemar qui a suivi m’a conduit à décréter ni une ni deux, que le Monte-Carlo était désormais relégué au rang de sympathique promenade pour automobilistes en goguette. Pour continuer à piloter, Sébastien Loeb avait retrouvé après quelques démarches à l’ANPE un poste de formateur à l’automobile club d’Alsace chargé des sessions de rattrapage de points pour chauffards de tout calibre. Pour que l’hallucination soit complète, Jean-Pierre Pernaud, à qui j’hésiterais à confier ma Kangoo pour la moindre navette, obtenait quant à lui le statut d’athlète de haut niveau, pour sa participation au Trophée Andros. Entre deux parties fines, le patron de la FISA et quelques huiles pataugeant dans les dollars et peu dans le cambouis avaient finalement acté que le rallye traditionnel était has been, trop confidentiel et compliqué à tranformer en pépettes et que par conséquent seuls les petites épreuves en circuit valaient le coups. Parfois, j’avoue que mes délires m’étonnent moi-même et me font presque peur. Je ne vous dis pas ma tronche au réveil. Et bien figurez-vous qu’il semblerait que ce petit plan fumette pourrait devenir réalité pour nos tribus. Certaines des plus grandes autorités sportives, qui généralement se reconnaissent par leur légendaire incapacité à courir un cent mètres en moins de 35 minutes ou distinguer un kayak inuit dans un tas de site on top, voudraient nous exclure la descente du haut niveau. Ben tiens ! Le CK version criterium, la descente de rivière, rien moins que l’essence du canoë et du kayak, de notre culture commune. Allez ouste, du balai ! Je vous laisse bien entendu le temps de vous asseoir, avaler un tube d’aspro et relire les lignes précédentes autant de fois que nécessaire pour bien en saisir la portée. C’est bon ? Donc, seul le slalom et la course pourraient être désormais dignes de ce statut dont le prestige m’échappe définitivement. Motifs ? Un mixte entre le peu de nations mobilisées, des aspects sécurités, des parcours trop longs difficiles à couvrir avec une seule camera par France 3 Limousin, une image un peu trop canoë-kayak à l’ancienne. Les naïfs comme Bibi, qui pensaient que la descente était le top du top du haut niveau parce que justement duraille, engagée, limite héroïque dans son rapport à la rivière sauvage et de ce fait réservée à une élite en sont pour leur frais. Tout faux ! Le haut niveau se doit à l’avenir parler au plus grand nombre, titiller aussi la ménagère ménopausée, être présentable, sexy, formaté, promotionnable et vendable comme une boîte de conserve sur les linéaires d’un hyper. Le haut niveau ne doit pas craindre les impondérables des parcours naturels. Le haut niveau doit éviter d’agacer les gras doubles du CIO, faire bailler le téléspectateur. La compétition grande classe doit autoriser le zapping sans perdre le fil, respecter un format court, un goût, une couleur reconnaissable d’un bout à l’autre de la terre comme un bon coca. Alors c’est sûr, dans ces conditions la descente n’est pas sur la bonne pente. Elle n’a pas fait d’effort pour ressembler à rien. Les descendeurs rechignent même à suivre les volleyeurs qui, pour rester dans la cour des grands et passer à la télé, ont dû se foutre en string pour jouer à la ba-balle sur du sable. C’est vrai que la descente en rivière est restée cette discipline de compétition incompréhensiblement ringarde. Des descentes sur des parcours naturels, à fond les manettes sur des espèces de barcasses en forme de missile. Un truc old school, d’initiés. Enfin, d’initiés ! Des espèces de pervers qui se tirent la bourre sur des rapides abominables avec des engins de torture qui n’autorisent une stabilité toute relative, qu’à partir de 90 nœuds. Des dangereux individus, dont le plaisir est par exemple de contre-giter à donf dans des drossages du diable, se faire une pile en solitaire sur une paire de kilomètres gras de gras, transpirer comme des dingues histoire de choper un arrêt cardiaque dès le premier bain, s’arracher les bras de telle façon que le petit appui qui va bien sur le dernier gros bazar du parcours ou le simple franchissement de la ligne d’arrivée tient souvent du miracle. Une tribu qui ne peut s’empêcher de voyager avec des remorques très approximatives de 15 mètres de long, avec des tas de tubes sous housses. Des doux hurluberlus qui placardent dans leur chambre à coucher des posters d’un certain Zok, que nous devrons aujourd’hui considérer comme un aimable canotier des bords de Seine. Plus grave encore, des genre de gusses qui ne se résignent pas à faire leur chrono sur du plat ou entre deux digues en béton. Assurément donc, une discipline au plus bas sur l’échelle des valeurs sportives dominantes, mais qui restera peut-être aussi pour cela, au plus haut dans le cœur des amoureux d’un sport qui ne peut se résigner à abandonner son lien privilégié avec l’écume des rivières naturelles.
Commentaires
dommage... quand on sait que c'est une discipline les plus imprésionnante et belle à voire et que malgrés ce que l'on dit la descente est bien active en tout cas en france.