Ooufffff (edito ckm 208)
Par CKM le mardi, décembre 23 2008, 13:54 - Lien permanent
D'abord un ouf de soulagement... Si l'on avait bien parié quelques kopeks (cf edito du N°207) que Tony Estanguet continuerait sa carrière encore un petit bout de temps, avoir cette confirmation en 'live' et de vive voix a eu tout de même le don de réconforter et soulager nos nuits parfois agitées de kayakistes. Réconforté de voir que le grand champion ne conclura pas son immense carrière sur son seul échec en date. Réconforté, aussi, de penser que toute la famille du canoë-kayak français, voire international, pourra encore compter sur ses larges épaules pour porter au plus haut des instances du sport mondial ou des partenaires l'identité, les valeurs et les atouts de la discipline ; si Tony peut remercier le canoë de lui avoir permis d'atteindre les sommets qu'il a atteints, le canoë dans son ensemble peut remercier le champion de le sortir, tous les quatre ans au moins, d'un anonymat assuré. Soulagé aussi de comprendre que sa motivation, sa volonté de rebondir, d'entreprendre de nouvelles expériences - notamment au niveau de sa préparation - mais surtout son plaisir de pagayer et de s'amuser sur l'eau sont intacts, même si Tony a eu besoin de plusieurs mois pour en avoir confirmation (cf interview dans ce numéro). Puis un "oupffffff !" d'étonnement. Celui provoqué par l'annonce d'un autre roi de l'Olympe, d'un autre "animal blessé", alias Benoît Peschier, de poursuivre lui-aussi sa carrière jusqu'à Londres 2012, mais sous d'autres cieux, a priori plus cléments, ceux de la Grèce. L'Ardéchois de naissance et de coeur aura certainement longtemps muri sa décision. Elle ne fut sans doute pas prise de gaieté de coeur. Difficile de juger, de là où nous sommes. Et l'on s'en gardera bien. Mais à l'heure où l'on s'offusque d'entendre un hymne national sifflé dans un stade, on imagine facilement la réaction de certains à voir un athlète répudier son drapeau national, pour accoler sur sa pagaie un sticker bleu-ciel et blanc. Une réaction presque légitime. Mais c'est aussi légitime pour un champion olympique barré dans sa progression de trouver une voie de secours, plutôt que de s'enfoncer dans une impasse. De mettre en place autour de lui les conditions optimales de sa réussite, plutôt que d'entretenir une relation conflictuelle et infructueuse. Légitime de prendre les décisions les plus graves pour être à la hauteur d'un statut, celui de champion olympique. Entre Tony et Benoît, plusieurs points communs, outre l'or olympique, et malgré un "savoir-faire" ou "faire-savoir" différent. Tous deux ont notamment vécu des expériences récentes qui les ont ébranlés. Chacun à leur manière - plus ou moins tendre, plus ou moins consensuelle - ils ont mis un bon coup de pied dans la fourmillère, leur fourmillère. Tous deux ont réagi avec le caractère typique de ces champions de haut niveau : en prônant le changement, la remise en cause, le questionnement, en refusant de s'engluer dans une routine synonyme de pré-retraite. Tony, en s'engageant sur la prochaine olympiade, et Benoît, en croisant le fer pour une autre nation, ont tout simplement pris des risques. Se sont volontairement mis en danger. L'avenir nous dira s'ils ont su se sublimer, le dos au mur...C'est ce qui différencie souvent le champion du commun des mortels. Nous, on leur souhaite en tout cas bonne chance à tous les deux.
Commentaires
c'est bien les champions mais nous les kayakistes d'en bas ou marins on en parle quand ? Et la fédé une fois qu'ils ont gagné est-ce qu'elle pense à utiliser tout ça pour développer la pratique de masse ? CKM est toujours bien gentil avec la FFCK...