CKM 209 - L'Humeur de Stéphane Roux - Gueule de bois....
Par CKM le vendredi, février 27 2009, 09:44 - Lien permanent
Les lendemains de fiestas légèrement arrosées frôlent très souvent l’enfer. Il n’y a qu’à voir les tronches des hurluberlus au matin des petits rassemblements rivières pour en avoir l’illustration. A ce sujet, je garde un souvenir ému des compères de patauge ayant survécu au dernier rencart sur la Bonne. Au départ, c’est à qui mieux mieux. On va à la teuf avec l’âme du guerrier. On titille l’air goguenard, on branche un peu, on fanfaronne avec une certaine arrogance des gars qui ne doutent pas de leur force et ont délibérément laissé leurs faiblesses à la maison. On connaît la suite pour nos spécialistes de la descente des torrents de bibine. La gueule de bois, la tête dans le saut et parfois même plus pour les plus fragiles ou les plus téméraires. Le dos voûté, le regard perdu je ne sais où, des gonfles sous les yeux, un tas de ride au front, le pépère complètement débraillé traîne sa pagaie sur les graviers en cherchant sa barcasse derrière la tente qui, manque de bol, a changé de forme, de place et de couleur durant la nuit. Des moments d’extrême solitude qui vous font monter en grade au sein de votre bande mais vous font aussi jurer de ne plus recommencer dès le premier bain venu sur des classes II d’une rare violence. Bon, généralement ce genre de déclaration post-bringue ne résiste pas au temps. Et dans nos tribus, ces bonnes résolutions n’ont généralement pas plus de valeur qu’un arrêté préfectoral et ne tiennent pas plus longtemps que nos péniches new school sur les cailloux. Et quand je dis « nos tribus », c’est que ce phénomène ne touche pas seulement l’obscure bande de dingues regroupée de temps en temps au fin fond de vallées hostiles. Au contraire. Le syndrome de la « gueule de bois » concerne également, sous sa forme chronique la plus sévère, les plus connus d’entre nous jusqu’aux plus hautes sphères de notre fédération. Et je n’ai pas l’impression qu’un début de remède ait été trouvé. Pourtant nous pourrions croire que les exigences sportives et médiatiques du haut-niveau, les responsabilités liées aux enjeux colossaux de développement et de gestion de notre sport suffisent à éloigner tout ce beau monde des excès. La compétition, le haut-niveau, la fédération, la politique sportive c’est du sérieux tout de même ! Et bien pensez-vous. C’est même pire. Alors que les fanas de creek préparent généralement en deux coups de cuillère à soupe leurs débordements et gèrent leur gueule de bois dans leur coin ou au mieux en cellule de dégrisement, les médaillés olympiques ou les pontes fédéraux mobilisent bien d’autres moyens pour en arriver quasi aux mêmes résultats. A toutes les olympiades c’est la même chose. Pendant quatre ans, on rameute tous le monde pour les grandes festivités qui s’annoncent. Les uns se préparent comme des dingues pour être en forme le jour J et descendre le bassin comme Marcel les rouges limés. Les autres sont aux cuisines pour préparer l’affaire aux petits oignons. Le gros de la troupe soutient l’affaire en imaginant être invité en VIP ou en savourant par avance les belles images de la fiesta à la télé et les récits dans la presse spécialisée. Quatre années durant lesquelles on se dit que l’on va faire une sacrée fête et que surtout cela va nous faire un bien fou. Et que personne n’ose faire le rabat joie ou gâcher les festivités. L’affaire est entendue. Faire la fête olympique c’est comme le nouvel an. Une obligation. Et puis, on va se faire connaître, reconnaître. On va tellement briller que tout le monde va vouloir être des nôtres. Les sponsors, les collectivités vont rivaliser de moyens et d’idées pour aider nos stars mais aussi, soyons fous, nos clubs. Cette fête fait tellement envie que cela va booster les vocations. Des bandes entières de d’jeunes, MP3 rivés sur la tête, vont débouler en meute comme aux plus beaux jours des soldes. « Une licence ! Un bateau, vite, j’ai vu du kayak à la télé et c’est le top… »…On va voir ce que l’on va voir. Alors c’est vrai la fête est généralement réussie et nos représentants sont souvent les premiers à faire le spectacle. La fiesta est d’ailleurs si belle que ceux qui parfois ne sont plus invités s’en vont jusqu’en Grèce pour retrouver un ticket d’entrée au bar. Pourtant, comme à chaque fois, les lendemains de fêtes sont durs. L’interview de Tony dans la dernière mouture de CKM résonnait comme le récit lucide d’un retour sur terre, d’une décuite comme tant d’autres avant lui de retour d’Atlanta, Athènes ou Sydney. Sitôt la flamme éteinte, la gueule de bois. Pas la sportive. Nos athlètes n’ont pas à rougir. Et lui le premier. D’ailleurs que serait la valeur d’une médaille que l’on gagnerait à tous les coups ? Son doublé en est que plus beau. Comme à chaque fois, les télés sont parties. Le petit tam–tam médiatico–olympique ne résonne plus. Comme tous les quatre ans, on a fait tout ce qu’il fallait. Nous étions même cette année les premiers de la classe olympique. Tony a porté le drapeau bien haut sans rechigner mais en y laissant sans doute des plumes. Le petit monde du kayak était invité dans la jet-set sportive. Comme à chaque fois nous touchions au but : être considéré comme des grands. La barre à la tête en est que plus dure. Pour les athlètes toujours un peu. Pour l’ensemble des petits clubs, des bénévoles qui donnent, qui se donnent, qui croient encore souvent mais attendent toujours les retombées de cette bamboula médiatique. Encore raté. Sur l’échelle du sport business, une brouette d’or de la tribu ne vaut toujours pas tripette. Quelques cacahuètes ministérielles, des sticks EDF, trois reportages télé, toujours les mêmes, pour nous dire de façon souvent condescendante comme nos athlètes sont sympas. Quoi d’autre ? Une tape dans le dos par monsieur le ministre pavanant sous les projos du club France ? Les jeux nourrissent l’olympisme mais peinent à faire survivre les petits sports qui jouent le jeu. Faut-il avoir la mémoire courte ? Le kayak n’a-t-il en France que la voie de l’olympisme pour espérer devenir ce que l’étendue de sa culture, de son histoire, de son rapport à la nature lui laisserait prétendre ? Encore faudrait-il se donner vraiment les moyens de mettre en avant ce potentiel. Allez ! Ce n’est pas grave. Dégrisons tranquille en ce début d’année 2009. Mobilisons-nous pour Londres 2012. On nous promet déjà la lumière pour tous. A moins que nous prenions de bonnes résolutions contre la gueule de bois. Mais là, c’est une autre histoire.
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