La prochaine fois, votez pour moi C’est tout de même dingue. Je n’en reviens toujours pas. Je venais juste de sabrer les coquilles, fignoler ma profession de foi qu’un asticot m’apprend que la FFCK vient d’élire son nouveau Président. Le nouveau patron du kayak s’installe tout juste dans ses bureaux et moi comme une buse je continuais encore la nuit dernière à suer du front pour essayer de bâtir un programme digne de ce nom. Tout y était. Je n’avais oublié personne. Mon équipe était quasiment prête. Juste à poster l’affaire sur EV.org, trois affiches dans la vallée du Vénéon, quelques discours solennels à l’occasion des rassemblements creek et mon élection n’était plus qu’une formalité. Patatras ! Un certain Vincent Hohler a raflé la mise avec près de 63% des voix. Bon, d’accord, les mauvaises langues diront que l’élection est dans le pur style sénatorial et que le bas peuple pagayant est invité à rester faire mumuse le jour de l’élection. Tout de même, bravo pour lui. Mais moi aujourd’hui j’en fais quoi de mes cogitations ? Je reprends ma pelle et ma barcasse et attends la prochaine fois ? Pourtant, on ne peut pas dire que je sois complet déconnecté de l’actualité. En plus des forums rivières, je lis tous les jours l’Equipe. C’est dire. Les problèmes gastriques de Ronaldo. La largeur des pneus en F1. Le Paris-Nice ralenti par un camion de seringues. La taille des jupettes des joueuses de tennis. Réglementaire ou pas ? La dernière arrivée du Vendée Globe, un mois après la première. Le dernier put de Jean Todt sur un green anglais. Le ballon d’Angleterre – France pas assez gonflé. La victoire des Lakers et l’arrêt reflexe de Huet en NHL. Bref ! Tout ce que l’on doit savoir sur le monde pour survivre dans le nôtre. Et pourtant dans toute cette masse d’informations, rien qui aurait pu me mettre la puce à l’oreille. Bon, tant pis. La prochaine fois je suivrais les conseils de mes confrères de patauge. Je reprendrais une licence, participerais à quelques instances fédérales histoire de pouvoir être au jus et surtout dans les temps pour ma candidature. En tous les cas, pour ce qui est du Président, ce n’est vraiment pas de bol. J’avais déjà eu du mal à savoir qui était le précédent et voilà que l’on me cache déjà le nouveau. Enfin, ce qui est fait est fait et je ne vais tout de même pas gâcher toute cette matière grise. Je propose donc de partager les grandes lignes de mon programme histoire d’aider la nouvelle équipe en ces temps de crise. Alors voilà. Sitôt mon arrivée au pouvoir, je proposais illico de redéfinir ce que l’on intègre dans le bazar. Ce n’est pas par ce que je suis élu qu’il faut que je me tape tout ce qui fonctionne avec une pagaie juste histoire de simplifier la vie du ministère. Dès ma première rencontre avec le secrétaire d’état au rugby et aux casinos, je proposais donc de confier les clefs de l’actuelle fédération à ceux qui veulent encore jouer pour lui dans la cour olympique ou dans les bassins artificiels. Pas vache, nous leur laissons le siège pour nous installer à proximité du Tarn. C’a a tout de même plus de gueule non ? Bon, nous perdrions quelques techniciens du sérail et les subsides de l’état mais d’un autre côté vu ses capacités financières actuelles et futures, le risque est limité. Dans le même mouvement et avant que la police débarque pour me coller en asile psychiatrique, je regroupais l’ensemble des pratiques canoë-kayak de nature. Randonnée et compétition. Mer, lacs et rivières. Du plat de plat au méga drop de 15 mètres. Du C2 bois au dernier schappe de kellner. Bien entendu, j’excluais dès les premières heures de mon mandat et de façon tout à fait autoritaire toute forme de sit-on top, fluos ou non, les gilets d’hippopotames aux normes européennes, les pagaies roses en plastic qui contribuent efficacement à enlaidir nos plus belles rivières. Trois commissions étaient crées. La n°1 de défense de l’environnement, confiée par exemple à un représentant de l’ADRE, devait assez rapidement remercier EDF de sa contribution historique au développement de l’activité en Corse et ailleurs. La N°2 se mobilisait pour promouvoir le sens de l’aventure, l’exploration des espaces sauvages et accessoirement des pissoux abandonnés. La commission N°3, dite des sages, était quant à elle, chargée de veiller sur l’éthique de notre activité et la valorisation de notre patrimoine culturel. Enfin, sur le terrain, ce n’était plus les clubs qui cotisaient mais directement les kayakistes en fonction de leur niveau d’adhésion aux programmes d’actions présentés par les responsables de commission. Pas mal, non ? Pour le reste, les bénévoles faisaient comme bon leurs semblent pour donner une couleur à leur pagaies, assurer et encadrer les petits, se tirer des bourres en crité ou partager les plaisirs d’une petite randonnée plus ou moins agitée. Tout cela pour que les gusses qui se coltinent les mioches le samedi ne dise de ma fédé new look, qu’à l’image du mariage, il s’agit de gérer les contraintes qu’ils n’auraient pas eu seuls. Car, au fond, quitte à avoir peu de moyens autant garder l’oseille au plus prêt, laisser les kayakistes se concentrer sur leurs clubs, leurs passions et conserver quelques pépettes pour espérer tâter de l’écume douce ou salée toujours un peu plus loin. Tout cela est encore un peu à affiner mais les grandes lignes y sont. Allez, je travail encore un peu mais la prochaine fois, n’oubliez pas, votez pour moi.